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Quelque chose sur nos langues
Comme un goût de prose
Hâte notre baiser.
*
Te prendre la main
Apportait une terrasse
Aux lieux
Où nous étions.
*
Il y avait toi et rien ne manquait
Il y avait même beaucoup plus
Il restait quelque chose
Quand tu n’étais pas là
Le mercure sous la main.
*
Quand nos caresses se regardaient dans un miroir
C’était toujours toi qu’elles voyaient
Personne
Ne pouvait apparaître davantage.
*
Les caresses nous prennent la bouche et les mains
Pour parler.
*
Les caresses nous enlèvent
Puis nous reposent sur le lit.
*
Portés par nos caresses
Nos visages nous deviennent familiers.
*
Nos caresses sont des voleurs de menthe.
*
Le sommeil est une araignée qui court
De veine en veine
Tissant sa toile à la vitesse du sang.
*
Lumière accidentelle
Sur nos corps
Encore endormis
Nous la devançons.
*
J’ouvre les yeux
Et je souris :
Un morceau d’ombre
Manque à nos corps.
*
Ton regard me montre ce qui
Du chant de l’oiseau
Peut être compris.
*
Ce monde
Est un trésor
Glissé de la cornée.
*
Si notre visage avait une paume
Il n’y aurait pas de mots pour nous dire.
*
Ces mots qu’on cherche
À ouvrir
Pour en compter les graines.
*
Nous nous échappons du poème
Jusqu’à ce que nos caresses
Nous couchent sur une autre page.
*
À chaque fois que je
Fais rouler une caresse sur ton corps
J’ai huit ans.
*
L’arbre s’est rendu
À maints endroits
Poreux à la lumière
L’oiseau parvient à faire
De même
Avec son chant.
*
Pourquoi dis-tu que tu veux mourir entièrement ?
Il reste de la place
Sous mes paupières.
*
Ton décès :
Le poème se souvient
D’un désordre de plumes.
*
Ta mort a mis les silences sur le dos.
MATTHIEU GOSZTOLA
Naissance en 1981.
Publications :
– Sur la musicalité du vide, Atelier de l'Agneau, 2001.
– Sur la musicalité du vide 2, Atelier de l'Agneau, 2003. Prix des découvreurs 2007.
– Matière à respirer, Création et Recherche, 2003. Livre d'art en collaboration avec le photographe plasticien Claude Py.
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