Pas de porte
Midi, quatorze
ou n’importe
quelle autre heure,
à quoi bon
chercher noise aux aiguilles ?
Vois,
sens,
tes vaisseaux
comme une voile qui enfle
sur l’air
de joie de l’angélus au loin
et glisse
dans le bruissement
des voix familières
et des branches.
Le soleil,
même absent,
tandis que circulent
ton sang, les autos, les oiseaux,
est bel et bien là qui frappe
à rais chétifs
sur ta peau
et te rythme, et t’enrime
sur sa pente douce-
amère,
souveraine,
dans le tourbillon des faits
et des feuilles.
Midi, quatorze
ou n’importe
quelle autre heure,
à quoi bon
chercher pouls aux tic-tac ?
***
Au pas d’ours
Je pousse en terre
hostile
mon caddie
(chacun,
chacune
absorbé(e) dans sa tâche)
Ne pas manquer
les promos du jour ; et l’animateur
de nous le marteler,
d’une voix nasillarde de tête
de gondole.
Mais je n’en ai cure
et n’ai qu’une hâte :
en finir avec cette foutue liste !
… Et après divers
louvoiements
ponctués de quelque valses-
hésitations,
me voici, ouf,
en bout de course,
là où, derrière sa caisse,
une hôtesse
m’invite, suspicieuse,
à ouvrir mes sacs
au cas où… on ne sait jamais…
J’obtempère, bien sûr,
carte bleue tendue
comme mon sourire.
A la sortie du centre
vers laquelle à présent converge
mon humeur,
un rayon
de soleil,
pour me consoler,
me fait l’amitié
de m’éblouir un peu.
***
Front
Sur la ligne
du front,
un retrait
d’anxiété,
un sentier
défensif
où déborde
un sentiment
d’irréel.
Sous mes yeux
se déroulent
un film,
une scène
en grande
partie
à mon corps
figurant.
Depuis
mon portable
un bref
message,
une fusée
de tendresse
lancée
à toutes jambes.
Ta réplique
immédiate
un peu
me réarme,
me projette
au-delà
de l’espace
qui m’enclot.
***
Pour que rien
pour Elliot.
Chaque jour,
sur le chemin,
au retour de l’école,
tu glanes
ton lot de feuilles, brindilles,
quelquefois aussi
un bout de branche.
Pendant un certain temps,
elles en rejoignent d’autres,
disséminées dans le garage,
puis,
par nécessité ou autre,
arrive le jour où…
mais…
chuuut…
pour que rien
ne s’écroule
et parce que bien assez vite
tu sauras les lire,
mes silences.
Extraits d’un recueil en chantier intitulé « Sur la pente du soleil »
MORGAN RIET
Morgan Riet est né en 1974, à Bayeux, dans le Calvados. Il y réside toujours. Il est l’auteur de : Lieu cherché, chemins battus (éd. Clapàs – 2007), En pays disparate (même éditeur – 2010), Midi juste environ (mini-plaquette fabriquée à la maison – 2011), Du côté de Vésanie, illustré par Matt Mahlen (éd. Gros textes – 2012), Ça brûle (-36° édition – 2012), Quelque chose, photos de David Lemaresquier (éd. Les Tas de mots – 2013), Vu de l’intérieur, illustré par Hervé Gouzerh (éd. Donner à voir – 2013), Sang & diesel, à paraître en 2015 aux Editions Clarisse.
Par ailleurs, il fait partie du comité de lecture de la revue Les Tas de mots : http://lestasdemots.blogspot.fr
Son blog perso : http://cheminsbattus.wordpress.com