nous disparates aux confins
proches
étrangers
nombre parcelles à unir
seconde à seconde
*
on s'essouffle à
ramener à soi ces bouts
pensées larmes disjointes
joies différentes éclatées
suppurant d'orifices de chaque
autre
*
ça pue
dégouline en tous sens alors
obligé de s'en faire une histoire connue
des idées possibles
à rentrer dans la tête
et ça fait quelque chose
*
plus ou moins
géométrique
à peu près carré ou bien rond
selon qu'on est plutôt
tel ou tel
jour
ou d'un siècle à venir
*
et ça tient dans la main
ce qu'on fait de ce monde
un peu rond
dans la main
la poche et l'on va
son chemin
peuplé de semblables à ce qu'on dit
*
sous les semelles
des théories fantasques
de terres
de branches qu'on écrase
gravier mélangé fiché
dans les rainures
*
des pieds à la tête
en passant par les mains
ça ne change pas grand chose
à la fois victime et coupable
de trainer cette boue
*
le plus souvent oublieux
de ce qu'on porte
à marcher comme ça
un monde dans la poche
plus si rond ni carré
de moins en moins régulier à force
*
on sait pas tellement quoi faire
pour alléger son pas
se doute qu'il faudrait
peut-être s'arrêter nettoyer ce fourbi
se délester
curer ses souliers sa tête
*
puis un jour on
sent bien que ça coule
se répand sur la cuisse
et le long de la jambe
ça gêne la marche on croit qu'
on s'est pissé dessus
*
de marcher un peu loin de concert
l'outre s'est déformée
ramollie
dissoutes les paroies chimériques
de ce monde de poche
et tout est à refaire
*
toujours
ensemble ou seul
à se pisser dessus
tant et tant
que marcher c'est noyer le chemin
de crues innombrables
RODRIGUE LAVALLÉ
Lyonnais d’adoption, Rodrigue Lavallé est conseiller d’insertion professionnelle.
Il a publié des textes dans une vingtaine de revues de poésie contemporaine (N47, Nouveaux Délits, Levure Littéraires, Terre à Ciel…).
Sont déjà parus:
„hors soi, penché“, éditions Eclats d’encres, octobre 2014
„Quelqu’un peut-être“ (prix Créatures 2014), éditions Créatures en 2015
et à paraître:
"Fragments du verbe être /en chemin", éd. Centrifuges (fin 2015)