pleurons puisque la guerre
a rempli le panier
de tous les étés
à venir
et que l'enfer siège
dans le ventre
des femmes
hier j'ai lu des atrocités
que les chairs d'enfants
suppliciés
impriment à jamais dans
la terre
la terre foulée
par la folie
d'hommes de peu de mots
d'ogres jaillis
des cavernes
de la pensée
femmes mes sœurs
je vous offre
mes pleurs
qui ne ressourcent rien
*
elles ne sont pas un instrument
dont on joue
mes sœurs
et souffrent de toutes vos
métaphores inanimées
ne voyez-vous pas
comme elles sont vives
comme elles sont fluides
même rivées au sol
ou sous les tables,
étoilées parmi les miettes
même horizontales
dans le non
ou dans le oui
elles sont d'une espèce d'air
de la consistance
des parfums lourds
nards et muscs
qu'aucun mur
n'enclot
quand verrez-vous
enfin ?
*
il n'y a pas de bruit
de bottes
sur du sable
la mémoire gardera
sous sa langue
l'amertume d'une
autre terreur
pour évoquer les prochains
spectres
il faudra plus que du
temps
plus que des quotas
d'hommes répertoriés
et répartis
- ce petit reste -
pour faire taire le
scandale
de notre désertion
(mais ceci n'est plus
un
poème)
*
il est pauvre le tuteur
de mes bras
et mon sourire encore
humide
paie mal
je roule la pierre
d'amour
au sommet de chaque jour
chaque lendemain m'apprend
le geste inépuisable
du recommencement
mère nous bâtissons
des cathédrales
tactiles et sensibles
où vibrent les vitraux
tissés d'ailes
d'éphémères
des autels où
nos vies se versent dans
les vôtres
et puis s'oublient
FLORENCE NOËL
Un livre chez Encres Vives dans la collection Encres Blanches (n°649) :" Pavane pour une nebbia" ( Janvier 2016 ) .
http://encresvives.wix.com/michelcosem
Plus d'infos sur : http://www.terreaciel.net/Florence-Noel#.Vug9QUc5RSk
Son blog "Panta Rei. Les dits de la clepsydre" :
http://pantarei.hautetfort.com/
Sa revue "Diptyque" :