Je te vois
Femme vénale,
Femme obtuse,
Femme bourgeoise,
Pour te réassurer
Une ceinture forgée
Avec des bretelles
Si tu le pouvais…
Ton ventre recouvre
Les plaies du monde
Que je déchire
Avec mes dents.
J’allais chercher ta jouissance
Dans les replis de ta toison
Je buvais le miel de ton calice
Toute la fange de ton écume
Et tu brûlais de ton plein ventre
Ton ombre mêlée à mon corps
Ta chaleur dans la mienne
Tes ongles me labouraient le dos
Ta langue cherchait ma langue
Dans ces nuits de silence houleux
Où ta poitrine se dressait
Avide de mes mains agrippées
Centrée sur mon sexe érigé
Qui sacralisait ton corps
Qui plongeait dans la volupté
De ta douceur intime
En te transperçant
A ta cadence d’Altesse
Dans toutes tes excavations
Cherchant ma bouche qui mangeait
Sans indifférence aucune
Ta caverne tes râles ton corps et ton vide
J’ai connu tes ahanements
Les aigus exquis de tes cris
Mais ma faim s’en va
Car je suis fatigué
De tous tes mensonges
Et de ta courte-vue
Au jour le jour
Oui vois je suis fatigué
De tes révisions dignes
Des plus vils politiciens
En ces temps sereins
Où nos liens se desserrent.
***
Cinq volets ouverts (fragments)
3.
(…)
Les vivants s’acharnent
Dans les chemins de cendres
Des pays étriqués
Pure souffrance
Vie
Qui n’abandonne pas
Tant de sang sur les pierres
Il n’est pas normal
Que me dis-tu ?
4.
La joie du gouffre
Au milieu du monde
Je pense je pèse
L’Humanité fatale
Entre feu et silence
Tout ce poids qui recouvre
Sous le sable stérile
Les corps crevés
***
La ville suinte
Le manque d’amour
Dans le flot du temps ivre
Les promesses faites
Aux apeurés
Quand nous nous accrochions
Au mitan de la chute
La chambre de la morte
Donnait sur la voie rouillée
Les trains ne passaient plus
Les ombres bleues
Erraient
5.
Imbiber les corps
de carbone
donne aux mains
la couleur des cendres sèches
les noyaux lourds
le goût
métallique
Il y a de la mer morte
de la mer de la mer morte
et des tombes
des flammes sans chandelles
aux pôles et ailleurs
D’où vient d’où vient
cette frénésie
qui nous a
tués ?
***
Le monde se bouche
Il n’y a plus de mémoire
Sous les crocs
Des chiens perdus
Ton jeune corps
S’offrait
Au feu des miradors
Improvisés.
***
Variation I
Ecarte le temps
De tes deux mains pleines
Dilate les secondes
et oublie tes soucis
Le bonheur est ici
Chroniques de l’antépénultième (extraits)
NASHTIR TOGITICHI
Il se présente :
Nashtir Togitichi, né en 1959, vit à Paris. Lit et écrit de la poésie pour vivre, un peu comme d’autres feraient de la méditation. Psychologue clinicien, militant associatif dans le champ de l’écologie politique, rédacteur pour le journal en ligne lagueuleouverte.info
Publications sur le net : essentiellement dans « Capital des mots », mais aussi « Francopolis » et « Recours au poème ». Participation à une scène de Poètes à Paris (« Tremplin des Zarts », avril 2016)
A publié un recueil : Si tout se casse la gueule, précédé de Contraintes du temps, Edilivre, Septembre 2015
En cours : Chroniques de l’antépénultième
