Les courbes se prennent avec prudence. Le volant plonge. Les mains l’accompagnent. Le paysage se dérobe à la vue. Captif de chaque mètre de terre ferme, on cherche sa voie. Les lignes droites défilent comme l’engrenage des dents d’une fermeture éclair qui bute à son arrêt. Les lacets sont plus imprévisibles. Trop serrés, ils nous freinent. Trop lâches, ils se répandent sans crier gare. On ne sait pas ce qui surgira au prochain tournant. Corniche Kennedy, titre du film de la réalisatrice Dominique Cabrera, est un boulevard de Marseille qui longe la mer. Quelques œillades vers l’horizon pour suivre la route ou s’élancer à corps perdu dans la Méditerranée. Là où l’asphalte lisse le lointain, une paroi en pierres de taille tombe à pic sur les rochers. Désordre de calcaire où s’entassent les bordures d’une nature sauvage.
Vague idée de frimer l’été
Peau hâlée
Rage hélée
Cramer l’âge damné
Braver l’immobile
Les mains s’écorchent aux limes
Les pieds s’accrochent aux cimes
Les nus s’élancent dans l’inconnu
Les corps s’extraient du décor
Libres et ivres
Ravir sa peur
Gravir sans heurts
L’air grave
Détachés
Suivre l’eau suave
Emportés par le courant des ondes claires
Saisis par le frémissement de la chair
Profonds et sourds au bruit des pierres
Ondulants et virevoltants
Plongée sertie d’émeraudes
Fuyant le sel qui érode
Chavirés de bonheur
Entre ciel et terre.
17 mars 2017
LAURE WEIL
Laure Weil se présente :
Professeur agrégée d'arts plastiques, je suis aussi curieuse de littérature, de cinéma et d'architecture. J'ai fabriqué quelques livres d'artistes, dont le lien entre eux semble être l'effacement. Livres restés confidentiels. J'écris généralement pour restituer une rencontre avec une œuvre, qu'elle appartienne au champ des arts plastiques ou au cinéma.
Je cherche à diffuser mes textes parce qu'il est plus facile de se motiver à écrire régulièrement quand on sait que ses textes sont susceptibles d'être publiés.
Mes écrits sont nourris par ma culture des arts plastiques et par ma liberté à jouer avec les mots, comme s'il s'agissait de couleurs pour un peintre.
