LA PEAU DES LEVRES
Amie absente aux sens
ta bouche
la mienne
En toi, l’autre et tous
entre deux sexes
lentement les continents
glissent s’ouvrent les bouches
sombres et jaillit le feu
Et la chair dessinant ses pores
rouge encore soupirant
sans cesse
déplacée à l’infini
en suave fumées
aspire au narguilé
vers l’horizon de ta beauté
Gracieuse tentation
où le sang perle
le silence
Amour mystère
Cette déesse qui tremble
Mortelle, devant ton corps
Ses souvenirs obsèdent
Le parfum de tes hanches
La nourriture éthérée
Et le chant des nymphes
Par tes lèvres prononçant
Le commencement et la fin
Amie de toujours
En toi, l’autre et tous
Entre deux mondes
Entre deux rêves
***
LE BANYAN
Chaque minute chante son air
D’oiseau mortel
Celui- là l’immortel
Se désole dans la jungle
Où le Banyan l’abrite
Avec le secret du monde
***
CHAT BLEU
El gato que está en nuestro cielo
No va a volver a casa si no estás
No sabes mi amor que noche bella
Presiento que tu estas en esa estrella
Roberto Carlos
Tout en haut de la maison des archives où les vieux grimoires parlent de guerre et de contrebandiers, et des exilés en quête d’un refuge, où les noms ont oublié leur étymologie, écrits de la folie et des espoirs perdus, tout là-haut, à peine plus pâle que le crépuscule, j’ai vu un chat bleu et il m’a vu aussi. La légende raconte que c’est l’effigie du chat sorcier du Veilleur qui arrêtait la nuit le voyageur provoqué en duel où poursuivi par le sort, à l’entrée du vieux pont de granit d’Endorgamy, taillé en accent circonflexe sur le torrent impétueux. Ce n’était qu’une silhouette qui se détachait sur la lune rousse. Il rêvait et laissait passer les saisons, cherchant parfois comment sauter pour rejoindre son maître, ou attraper une souris, qui sait, celle qui est verte et courait dans l’herbe sur les berges du torrent, ou bien pour bondir sur l’épaule de l’enfant amoureux de la chanson de Roberto Carlos, mais c’était lorsqu’il était un chat bien vivant, et non celui qui sert de coiffe à une métaphore que le peintre Miró changea en statue de lady, dont le visage est un chapeau de paille, le châle une lunette de WC, le sexe une carapace de tortue, et les fesses deux ballons bien ronds. Pauvre lady toute raide qui fut, il y a longtemps, la petite fille bien-aimée qui regardait la lune en pensant à l’oiseau bleu, mais son prince chat ne revint plus, et la triste histoire se termine là-haut, au dernier tournant de la route, vers les frontières nuageuses des Pyrénées catalanes.
REBECCA BEHAR
Elle se présente :
Rebecca Behar est écrivain et poète. Elle est active sur les scènes slam de Paris et a participé à des projets internationaux. Elle est l’auteur d’ouvrages pour enfants, de nouvelles, de textes expérimentaux et de critiques littéraires.
Dernier ouvrage publié : Poèmes urbain (Edilivre) - un recueil qui reprend des poèmes enregistrés sur CD, à la radio, dits sur scène ou publiés en revue en France ou à l’étranger.
