JOURNÉES DE JUIN
Bulles légères
irisées
diaphanes
flottant autour d'un immense corps
écartelé la vie entière
aux entrepôts hangars bureaux
hypermarchés usines chantiers
palettes de lait et d'oranges tristes
marteaux piqueurs dans la poussière
immense corps
fait à l'origine
pour manger
dormir
reproduire
le capital à l'état brut
énergie d'acier reconduite
en faire des dividendes en or
temps suspendu
aux pauses exsangues
si petites nos vies
tout va bien
ils sont dans leurs bulles
légères irisées diaphanes
la croissance peut repartir
écrasant nos vies à l'infini
à l'infini leur profit
au-delà de mon front pourtant
je veux voir la mer
m'allonger seul dans la lumière
boire le vin pur à la fontaine
des musiques plein la tête
et l'amour à la fête
un jour
l'immense corps refusera
de laisser le cheval hennissant caracoler
écrasant tout sur son passage
un jour
l'immense corps
enrayera la machinerie
que serait-elle sans nous
rien
rien
nous sommes immenses et nous ne le savons pas
ODILE LOIRET-CAILLE
Elle se présente :
Master de philosophie, étude des langues indonésienne et arabe ( Séjours en Indonésie et Egypte). Ai enseigné la littérature française à l'Université Indonesia de Jakarta. En ce moment traductrice de deux ouvrages d'auteurs indonésiens pour la collection Le Banian de l'Association Pasar Malam.