J’ai le don d’entendre
le coeur d’un oiseau attrapé
telle une cloche magnifique en verre
qui éclate sous l’effet de ses sons.
J’ai aussi le don d’entendre
les pleurs de la fourmi estropiée
et les yeux du petit chat sans abri.
La lune hurle.
J’entends les prières –
un poisson solitaire
n’ayant pas la force de nager
pour toucher terre.
* * *
Dieu m’a enlevé le rire –
j’avais refusé de le payer.
J’ai voyagé à travers un bois dormant,
à travers les bancs recouverts de neige,
et je les enviais.
* * *
La bougie s’affaisse
pour s’agenouiller
comme un château en ruines
devant les mains auxquelles
il avait appartenu.
La bougie se déshabille,
je dirais,
jusqu’à son anéantissement !
Jusqu’à une avalanche de cire.
* * *
Je m’éprendrai de la folie de quelqu’un –
ma vérité.
Froids, comme le sont mes mains,
certains rogneront sauvagement sur elle.
Et en souffriront.
Sauf…
si précédemment
je ne gèle sur place,
si, en fondant, je ne me fais un nid.
/Les nids n’ont pas de fenêtres./
Et, m’y étant cachée…
Personne n’en saura rien.
* * *
Dans le paisible chuchotement humain
dans les sourires des mendiants
dormants sur les bancs…
Je découvre la solitude
et je m’éprends du matin
au visage d’un inconnu.
Je me fie aux châtaigniers en fleurs
bien qu’ils incarnent
la plaisanterie d’un piètre optimiste
qui les a peints
sous la forme de pierres précieuses
dans un musée aux murs croulants.
* * *
Les jours.
Ils me manquent,
les jours morts.
Dans ma servitude
ils venaient innocents,
fortuits ou envoyés.
Ils mouraient devant moi.
J’attendais leur fin
pour me reposer.
Ils étaient ma chair
dont je retranchais des morceaux
contre paiement.
Je suis presque dévorée,
je n’ai plus de corps
où mon âme puisse s’étirer.
* * *
MA CHAMBRE
Mes froides entrailles,
je rentre en vous
comme dans le temps où je ne fus pas encore
et le monde pour moi ne fut qu’obscurité.
Mais je ressens à travers tes parois tendres et taciturnes
que nous sommes oubliés même par la haine,
que nous ne sommes à personne.
Dormons, mes froides entrailles,
sans rêves et sans réveil.
* * *
Je passerai parmi
les arbres nus
comme une écharpe,
pour les faire tressaillir par mes franges.
Qu’ils enfoncent, ensuite,
leurs branches cassées en moi,
qu’ils me déchirent!
Réveillés pour la première fois par une tendresse…
Textes traduits du bulgare par Païssy Hristov.
MILENA BOURJEVA
Elle se présente :
Je suis née le 17 février 1972 à Plovdiv, en Bulgarie. En 1991 j’ai fini mes études secondaires au lycée français de Bourgas. Depuis 1993 j’habite à Sofia. J’ai obtenu mon diplôme de master en Sciences théâtrales à l’Académie nationale des arts dramatique et cinématographique « Kr. Sarafov ». J’ai suivi des spécialisations en Mise en scène pour théâtre dramatique à la même Académie et en Maîtrise de télévision à la Nouvelle Université Bulgare.
J’ai environ 80 publications de poèmes, de contes et de comptes-rendus sur le théâtre. J’ai publié huit livres.
Certains de mes contes sont publiés en France dans les revues Littérales, Florilège et Vocatif ; j’ai, en outre, publié des poèmes dans Paysages écrits.
J’ai travaillé :
- comme rédacteur stagiaire à la revue Théâtre ;
- comme observateur théâtral des émissions A la ligne, Après la première et Art éther à la Radio Nationale Bulgare (au programme Christo Botev) ;
- comme reporter à la rédaction du journal Za naroda (Pour le peuple) ;
- comme animatrice de l’émission Privetcher (A la tombée du soir - culture et arts) à la Radio Sept jours et à la Radio Atlantique ;
- comme rédacteur aux Editions Christo Botev.
Je suis membre de l’Union des écrivains bulgares.