VOYAGE INTÉRIEUR
Conscient d’être conscient en plein rêve, à l’entrée crépusculaire du songe, au seuil entre veille et sommeil, j’ai imaginé un beau jardin semé de fleurs printanières. Quelques instants, j’ai tournoyé dans les limbes enténébrés de mon âme. Puis des images fugaces ont commencé à apparaître : des massifs de fleurs, la silhouette évanescente d’une maison, un sentier... Je me suis laissé engloutir, absorber dans ce rêve, et soudain voilà que je survolais un paysage somptueux, un immense jardin planté de fleurs aux formes variées, aux couleurs couvrant tout le spectre de la gamme chromatique. Tel un oiseau porté dans son vol par une bourrasque de vent, j’ai frôlé, à plusieurs reprises, ces massifs de fleurs, jusqu’à que par un acte de volonté consciente, je m’agrippe avec des mains imaginaires à l’un de ces buissons floraux. M’accrochant à l’une des fleurs, j’en sentis la texture et en humai le parfum délicat. Alors ce monde rêvé s’est matérialisé sous mes doigts. Aussitôt je tombai au sol, doté subitement d’un corps physique. Allongé par terre, je percevais sous moi la fraîcheur de l’herbe. Me levant d’un bond, j’observai cette scène édénique qui, d’une vision fugace, s’était muée en monde tangible, plus vrai, plus réel que la réalité même. Au comble de l’émerveillement, je flânai un moment dans ce jardin, au centre duquel se dressait une maison aux murs blancs. L’aspect des fleurs, de la maison, évoquait un monde ensoleillé, aussi j’eus le désir de lever le regard vers le ciel. Mais le ciel de ce monde onirique n’avait pas encore pris forme. Le monde que j’avais créé dans mon esprit se mit alors à tournoyer violemment, comme saisi dans un tourbillon, dans une rotation infinie, créatrice, démiurgique, qui m’emplissait à la fois de terreur et de volupté. Au-dessus de moi, dans le bleu ténébreux d’un Ciel aux hommes inconnu, se mirent à virevolter d’épais nuages brumeux, autour d’une Lune immense dotée de sa propre conscience, telle l’œil d’un Dieu intérieur posé sur moi. Je m’élevai dans les airs à Sa rencontre. Dans Sa Lumière, Il m'a accueilli...
JOACHIM ZEMMOUR
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