Le ciel était de marbre
Ce furent des nuits entières à compter les étoiles,
A l'encre de ce ciel resté indéchiffrable,
Des questions qui fusaient au-delà des énigmes
Et des colères de feu qui embrasaient les cendres,
Ne sachant plus quoi faire de la désespérance,
Nous la jetâmes au pied des bûches qui flambaient
Et les étoiles mornes se firent plus pressantes
Le ciel retrouva ses aspects familiers,
Nous attendions toujours une once de miracle,
Mais malgré ses aspects, le ciel était de marbre
Nous comprîmes soudain, l'espace d'un éclair
Qu'il nous faudrait ensemble affronter le destin,
Et nous fîmes barrage aux idées les plus noires,
Pour répondre à la vie qui sommeillait en nous.
***
L'homme et son ombre
Celui qui ne regarde que son ombre projetée
Par une lampe en souffrance, creuse chaque jour sa tombe,
Est-il habité par la peur, cette peur de l'inconnu
Qui le cloue au seuil de sa maison,
Insensible au frémissement impalpable des êtres,
Indifférent au chant pourpre de la lumière !
Pourtant, à la cime des arbres, la rosée du matin tisse
Des perles de joie
Et l'herbe noyée de pétales de roses
Pleure la pureté des ruisseaux engloutis,
Celui qui ne regarde que son ombre
Se détourne du présent et de son évidence,
Il est prisonnier d'une toile invisible
Où les rayons du soleil ont cessé d'exister
Pourquoi aurait-il peur de la mort ?
Lui, dont la vie n'a été qu'une nuit en attente.
***
Le printemps est-il la saison des poètes ?
Le printemps est-il la saison des poètes
De ceux qui vont chantant un bouquet à la main,
De ceux qui sous les draps glissent des mots d'amour,
Quand les premiers émois de la nature en berne
Réveillent des passions aux ardeurs infinies,
Ou n'est-ce qu'un trompe- l'œil pour vivre
Après l'hiver et chasser la grisaille
D'un ciel mélancolique traînant derrière lui
La brume entêtée de matins sans soleil,
Chacun a sa réponse qui sonne claire et vive
Dans l'air d'un temps nouveau
Où tout n'est que sourire et fraîcheur ressentie,
Chacun a sa réponse mais je garde la mienne,
Pour des soirées d'hiver où l'ennui sans raison
Frappera un grand coup me laissant solitaire,
Un livre sur les genoux.
MARIE-JOSÉ PASCAL
