EAU-FORTE
extraits
Chemins d’hiver où tout s’efface où tout renaît. Sans havre ni halte, l’horizon fuit imagé de blanc ; dans nos regards germe l’indéfini : point d’encrage.
Au qui-vive du rêve, un sillon d’absence : la ligne floue de l’hiver.
Se déprendre du réel, telle l’eau : eau des fontaines muettes, eau du sillon trop dur, eau des paupières ; simplement se déprendre.
Revêtir la saison blanche pour écouter l’instant, l’inscrire en nous. Prendre aux lavis des neiges l’écriture du silence, le poème en nous.
La lumière baisse, faible à reflet, elle n’est plus faite que de petits yeux aveugles. Le froid transpire de ces prunelles muettes collées aux vitres. La lumière baisse, le froid se perd en brumes ; l’eau court la pente du carreau.
Lumière en larmes, vie de la vitre sous l’eau-forte d’un regard.
Feuilles en tas, bois coupés, le réel déposé. Vient l’hiver qui efface, d’un trait de pluie, d’un trait de neige. Vient l’hiver qui retranche et pièce à pièce déconstruit le jour.
Ligne floue, l’œil ânonne son alphabet, mot à mot de l’hiver et pièce à pièce construit le silence.
Traverse au jour, la nuit tendue aux châssis des fenêtres. Sur l’ombre, le mur est l’horizon de l’heure. L’hiver le dépouille. Le froid l’use. La ligne des pierres guide le temps où le silence convié y joint son poids.
Peu de lumière, quelques mots sans parole, des regards aux châssis d’insomnie.
La fenêtre cristallise. Le réel s’écoule informe sous la loupe du gel. Les allées s’indifférencient. Le sombre tamise la neige où, dos d’écorce, les bois coupés cabossent l’herbe.
Un glissement s’opère, telle une faille sur l’envers du temps : éveil à nos sens.
Fin de saison début d’une autre, mais toujours l’appentis loge son bois. Les bûches disent le temps.
Elles parlent de la terre, de la hache et de la main qui la tient, de l’arbre et de la lumière qui l’habite. Les bûches disent l’hiver et le feu qui l’éloigne.
Lumière à dire, l’appentis de la page loge ses mots.
Il pleut. Il neige. La vitre crépite. Dehors et dedans s’entremêlent. Des fleurs de reflets embrassent la fenêtre. La brume des haleines mange la vitre.
L’heure n’a plus d’âge. Sa leçon apprise, elle joue aux sables du temps. Lointaine image du feu, la lampe grésille. Lumière boutant le froid, ici veillent les mots.
© Béatrice Pailler Septembre-Octobre 2018
BÉATRICE PAILLER
Elle se présente :
Je suis rémoise et j’ai exercé à Reims pendant vingt ans le métier de libraire. Je me consacre maintenant à l’écriture et uniquement à celle-ci en alternant prose et poésie. En 2015, la société des poètes français récompense du prix « Jean Giono » (prix du manuscrit de prose poétique) mon recueil L’heure métisse.
Quatre recueils sont parus à ce jour :
Jadis un ailleurs, recueil réunissant : L’heure métisse et Motifs L’Harmattan sep.2016
Mouvements-Panta Rhei La Porte oct.2017
ALBEDO Vives mars 2018.
Goûte l’Eau collection Plaquettes de la revue A L’INDEX nov.2018
À paraître en 2019 : SACRE aux Éditions Racine et Icare
Par ailleurs, je participe aux revues Souffles, Traversées, Décharge, Les Amis de L’Ardenne, A L’INDEX, Lichen et Le Capital des mots; prochainement des textes paraitront dans ARPA
« …À Reims mon quotidien est fait d’écriture, d’échanges et de partage autour de la poésie ….Mon écriture prend sens dans la langue. Je m’en imprègne et la transforme, la travaille, pour façonner mon langage poétique. Mon but est d’approcher de ce que j’appelle « la poétique du monde » qui est pour moi indissociable de la création. C’est pourquoi, je place la lumière au centre de mon écriture et en appelle à tous les sens… »
A consulter
Sur le site de la revue Décharge
http://www.dechargelarevue.com/Voix-nouvelle-Beatrice-Pailler.html
http://www.dechargelarevue.com/Plaquettes-et-filles-legeres.html
Revue en ligne Lichen
http://lichen-poesie.blogspot.com/p/beatrice-pailler.html
Sur le site de la revue Traversées
https://revue-traversees.com/les-auteurs-de-traversees-2/
Sur le site des éditions l’Harmattan
Fiche auteur
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=31670
