UN REFUGE
À Jacques Vincent et le collectif « Trente Minutes D'insomnie »,
en écho à une de leurs lectures / performances.
Les rois ne touchent pas aux portes
Francis Ponge
La voix, et à contre-jour, le caniveau.
Jamais je n'aurais pensé que la forme de mon étui à lunettes
aurait épousé si bien le contour d'une flûte traversière ;
on se sent bien quand on est très loin du scandale
et qu'on préfère scander l'air et le temps, et le bruit de la bruine,
et qu'un souffle commun nous entoure et nous protège
de cette rue qui bouge à peine mais qui s'entête
à nous renvoyer la pluie échafaudée par un mois de mai maussade
et à laisser filer l'eau vers une place lointaine ;
on crée des rigoles et des rires, des sourires et des hommes
et sur le va-et-vient du ventre on imagine un accordéon d'empathies.
Soudain une oasis, sans crier gare, pousse au centre de la table,
entre le poivre et le sel de mes cheveux ou plutôt, soyons précis,
entre les mains d'une petite fille qui a tout compris à la poésie
et qui dans son babil exauce les vœux de ceux qui voudraient voir
dans la parole un sens exquis, libre, mystérieux, malléable,
éloigné du gris, décidément pas septentrional.
J'imagine, pour apporter ma petite pierre au contrepoint,
un léger crissement de plume sur papier, et j'ose et je compose
un flot d'encre silencieuse qui se réfugie dans les interstices d'une feuille,
ou pourquoi pas un tempo doux imposé par les couleurs des coussins
et les plaisirs de la porte, qui à coup sûr n'est pas faite pour les rois.
Non, je pense qu'on apprend toujours à refuser les barrières,
même si on s'obstine à tourner autour de la peau de la banane
(qu'un mot bien ciselé peut ne pas rendre banale),
autour du noyau cosmique de la pêche miraculeuse,
des gestes fondateurs et des doigts qui fondent et qui forment.
En tout cas, je revendique l'insomnie
pour trouver un hérisson dans un monde de chats.
MIGUEL ANGEL REAL
Il se présente :
Miguel Ángel Real
Né en 1965, il poursuit des études de français à l’Université de Valladolid (Espagne), sa ville natale. Agrégé d’espagnol, il enseigne au Lycée de Cornouaille à Quimper.
En tant qu'auteur, ses poèmes ont été publiés dans les revues La Galla Ciencia, Fábula et Saigón (Espagne), Letralia (Venezuela), Marabunta, El Humo et La Piraña (Mexique), ainsi que dans l'anthologie de poésie brève “Gotas y hachazos” (Ed. PÁRAMO Espagne, décembre 2017).
Les revues françaises “Le Capital des Mots”, “Festival Permanent des mots” “Lichen” “Revue méninge” et “La terrasse” ont également publié certains de ses poèmes en français, originaux ou traduits de l'espagnol.
Il a publié en avril un recueil personnel en espagnol: Zoologías, aux éditions En Huida (Séville), dont certains textes traduits au français sont parus dans LE CAPITAL DES MOTS
Son recueil en espagnol Como dados redondos est en préparation aux éditions Cisnegro, Mexique. Des extraits de ce livre vont être bientôt publiés en version bilingüe aux éditions Sémaphore de Quimperlé, sous le titre Comme un dé rond.
Il se consacre aussi à la traduction de poèmes, seul ou en collaboration avec Florence Real ou Marceau Vasseur. Ses traductions ont été publiées par de nombreuses revues en France (Passage d'encres, Le Capital des mots, Mange-Monde) Espagne (La Galla Ciencia, Crátera, El Coloquio de los Perrros) et Amérique (Low-Fi Ardentia-Porto Rico, La Piraña-Mexique). Dans cette dernière publication il dirige deux sections de traduction nommées « Le Piranha Transocéanique » et « Ventana Francesa ».
Il fait partie de l'équipe de rédaction de la revue poétique espagnole Crátera.
Traductions publiées:
- “Fauves” (Editorial Corps Puce, France), poèmes de l'auteur équatorien RAMIRO OVIEDO (Traduit avec Marceau Vasseur, décembre 2017)
- “Erratiques”, poèmes d'ANGÈLE CASANOVA, photos de PHILIPPE MARTIN. Edition bilingue. Editions Pourquoi Viens-Tu Si Tard, France, octobre 2018
- “Les travaux de la nuit”, de PAUL SANDA. Edition bilingue. Ed. Alcyone, France décembre 2018
Instagram: @realmiguelang
Blog: http://temporaleterno.blogspot.com/
