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Mélusine
La brise est douce, le temps est clair.
Qui rêve aux charmes de Mélusine
Voit la blonde fée de la légende
Surgir plus brillante qu’un éclair
Les yeux pleins des charme d'antan
Pour survoler un pays brumeux
Voile du château de Lusignan
Terre de romance où en creux
La Vouivre se meut, onde divine
Changée un instant en Mélusine
Sa peau étincelle pour elle-même
Laisse-la se déployer nue
Dans ta chambre, enfin revenue
Feu follet portant un diadème
Où brillent des pierres arrachées
Au sépulcre de Jérusalem
Où sa voix troublée par ce qu'elle aime
Déborde de richesses cachées
Au cœur d'une forteresse en ruine
Changée un instant en Mélusine.
Nourrie des parfums de la terre
Des caresses de l'Arbre en fleurs
La Vouivre pose son sceptre
De sucs sur l'épaule de ses sœurs.
Son amant s'enivre des lueurs
De sa silhouette débordant
De pâleur et du secret des cœurs
Ah ! grand fracas au fond de l'étang.
La vase très instable s'anime
Changée un instant en Mélusine.
La brise est douce, le temps est clair.
La chevelure de Mélusine
A fendu les airs comme un éclair
Laissant deux sphères emplies de bruine.
Pour Mula
Il est des formes redoutables
De poésie où les mots déments
S'étalent en poses instables
Aux yeux de lecteurs peu déments.
Il est des obsessions prodigues
Des délires qui se déploient en vain,
Brisent les vagues contre les digues
Et nagent dans un fleuve incertain.
Ployé sur son esprit, indécent
Et absent à lui-même, l'auteur
Aux reins de fortune et d'encens
Ne peut donner corps à son labeur.
Il est des formes redoutables
De poésie où les mots déments
S'étalent en poses instables
Aux yeux de lecteurs peu cléments.
***
Les vertes collines de Saint Martin
Murmurent une rhapsodie dans la nuit.
Agréable fontaine de l'oubli,
Le chant n'a de puissance que la fin.
Plaisantes montagnes où le soleil
S'éteint pour resurgir le lendemain,
Tout comme le flux de sang immortel.
La rue forme l'enceinte de la plage,
Vit et bruit comme si la Mort n'allait pas
Lui rendre la raison, n'allait pas
L'embellir pour un dernier voyage.
Les vertes collines de Saint Martin
Murmurent une rhapsodie d’oubli.
Agréable fontaine dans la nuit,
Le chant n'a de puissance que la fin.
Extraits de « Ce qui meurt renaît » à paraître
CAMILLE AUBAUDE
Camille AUBAUDE vit entre Paris et Amboise, dans la maison d’écrivains, la Maison des Pages de Charles VII. Docteur es Lettres, elle a enseigné à l’Université PARIS III Sorbonne ainsi que dans des universités étrangères. Elle est l’auteur d’essais littéraires marquants sur le Mythe d’Isis, Gérard de Nerval et les Femmes de Lettres. Ses textes en prose poétique, recueillis dans Ivresses d’Égypte (2003) et ses Poèmes d’Amboise (2007) ont établi sa position parmi les poètes de sa génération. Au-delà de ses activités littéraires et de son érudition, Camille AUBAUDE est une femme d’une grande profondeur de vues sur la poésie contemporaine qu’elle édite à travers sa collection de poésie, “La maison des pages”, traduit et défend dans les médias (« Les Dialogues de Poésie »), ainsi que dans de nombreux festivals et colloques, en France et à l’étranger. Présidente de l’ALFOM (Académie littéraire de France et d’Outre-Mer), elle organise des conférences et des lectures de poésie au Sénat.
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