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Cela se passe toujours de la même façon. Pour son anniversaire, elle reçoit une carte de son père. La carte est accompagnée d’un chèque. Sur la carte il y a peu de mots. Une phrase les contient. Elle contient tous les mots qu’a pu dire son père. La phrase se termine ainsi : pour tes éternels dix-huit ans. Elle commence par : Ma petite Alice. Son cœur s’accélère, elle détache chaque mot. Elle est toujours sa petite, lui aussi a cessé de compter ou il ne veut pas. Elle lit plusieurs fois la phrase, elle a envie de pleurer. Ses yeux s’embuent, elle sent des larmes sur les joues. Elle la relit tous les jours qui suivent son anniversaire. Le plus souvent, elle laisse la carte plusieurs mois sur son bureau, debout contre la lampe. La poussière la recouvre. Du doigt elle lit l’unique phrase, elle la caresse. Elle n’en attend pas d’autre.
Inédit
ANNE-LISE BLANCHARD
Anne-Lise Blanchard préfère le sel au sucre, le savoir-vivre au laisser-aller. Collabore à la revue de création littéraire Verso. Fonde à Lyon en 2003 Les mardis d’Isabelle, soirées poétiques et musicales. Dernières publications : Apatride vérité, ill. de Vincent Rougier, Rougier V. éd., 2008, Sur les paupières du vent, ill. de Matt Mahlen, Donner A Voir, 2008
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