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40 watt de lumière baignent les étals
la dame en écharpe sanguine
frôle des doigts un titre
sur un livre blanc
des ombres bossues
dans les allées mates
sortent leurs mains
pour étrangler les livres
les fantômes des chevaux
pendent encore à des crochets
et leur sang goutte
goutte
à
goutte
sur l’écharpe rouge
Je n’entends plus résonner
mes pas
Pourtant un à un
Perdu
Où alors est-ce dans une autre rue
qu’ils murmurent
feutrés
un poème
VienS ! allons boire !
*
Jardin du Luxembourg
Jardin du Luxembourg
pétri d’automne
les allées lourdes
de feuilles sombres
et mon passage
silencieux
entre arbres
et statues
Dans l’ombre encore
Bien plus profonde
− noir et sans reflet −
un couple enlacé
leurs visages
tachent d’un blanc laiteux
le frémissement des branches
et les paupières cachées
dans le paysage
closent comme des regrets avoués
*
Rue d’Artois, de la Boétie
puis parallèle rue Paul Baudry
c’est dans ce périmètre
- Qu’as-tu fait ô toi que voilà ! -
que ma jeunesse se nicha
dans une chambre sans fenêtre
ou alors juste un vasistas
Les soirs aux rues humides
nous descendions jusqu’au bas
des Champs-Élysées presque vide
Les lumières y croisaient leurs aiguilles
pour tricoter ce voile blanc
qui sur nos têtes penchés scintille
Assis près des arbres sur un banc
nous comptions maille à maille
notre amour afin que mieux il aille.
*
nue comme un ventre de femme
la rue compte
pas à pas
ses semelles de douze pieds
Rue Ravignan
Poète !
Tu rêvais ton mur en belles images
Pour à genoux le regarder
Et toi à Londres
de tes trompettes marines
tu faisais trembler ton cœur
à jamais épris de l’unique citadine
Le bruit de ses talons te chasse
Et tu y reviens rêver
De l’onde de sa cuisse blanche
sous son bas noir effilé
sa jupe rouge levée dessus
comme un rideau
Et toi poète
Près des Maillol nus
Que la lune caresse de ta main
Tu la cherches au fond des lits
où toujours baisse la lumière
Rue des Cannettes
Rue du Four
Saint-Sulpice a mis ta barbe de poète
Et quand l’autobus passe
Sur ton carnet qu’ont piétiné les passants
Tu notes son visage
À travers la vitre découpée
Pourtant pleure la fontaine
DAVID NAHMIAS
David Nahmias est né à Alexandrie.
Il collabore à l’association littéraire Apaches & Associés : http://www.e-monsite.com/apaches-litterature/accueil.html
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