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L'oeuvre au Noir
Je suis la cathédrale noire,
la Vierge noire des profondeurs.
Je plonge dans le tourbillon sombre
des eaux noires du Styx.
Les ténèbres y sont épaisses.
Mon troisième oeil voit dans la nuit
un homme noir s'y promène,soleil noir de minuit,.
Mon Bien Aimé a passé sa main par la fente
et mes entrailles en ont frémi,
mes entrailles couleur d'ébène,
coquille ouverte sur l'Infini.
Dans le silence du Pays des ténèbres,
un enfant perdu, un enfant nu
hurle à la lune...
Je le prends dans mes bras
et je hurle avec lui aux sources de la nuit.
L'enfant est englouti
et moi je nais de l'onde.
L'Oeuvre au noir est accompli
mon nom m'y est donné
Je m'appelle Marie.
Mes cheveux sont d'or roux.
Je suis la fille du soleil.
L'oeuvre au blanc
Sur le champ de neige
me suis couchée pour dormir.
Sur le champ de neige
me suis couchée.
La neige recouvre la terre.
La neige recouvre ma mère.
Dors, dors,
dors du sommeil de la mort.
Sur le champ de neige
l'arbre s'est penché.
Il ploie sous le givre
prisonnier du sol gelé.
Dors, dors
dors du sommeil de la mort.
La neige recouvre la terre.
La neige recouvre ma mère.
Mon âme, mon âme se penche
se penche sur le silence.
Mes cheveux sont pris dans les glaces
de l'éternelle absence.
Enfants, enfants, venez!
Venez libérer les arbres!
Enfants, enfants, venez!
Et libera me !
Les enfants sont venus
ont secoué les arbres.
Les arbres ont été libérés.
Mon âme a retrouvé la paix.
Les grelots de givre
fondent au grand soleil.
C'est le redoux, c'est le redoux.
Mon âme s'émerveille.
Enfants, enfants, dansez.
L'arbre s'est redressé.
La mort est exilée.
Oh ! Que meure la mort!
Quant à moi, je demeure.
Car ce n'est pas mon heure.
Réveillez-vous, réveillez-vous.
C'est le redoux !
L'oeuvre au rouge
Rien est mon nom de solitude,
depuis que je l'ai vue
dans l'ombre de ma nuit.
Elle allait vers le nord
et j'allais vers le sud.
J'ai vu son grand oeil noir
et son vêtement sombre.
J'ai vu et j'ai tremblé
et j'ai bramé de peur.
De la mort, j'ai vu la terrible lueur...
Dans un sursaut de vie j'ai plongé en son antre...
Elle m'a happée goulue, me menant en son centre...
J'ai alors lâché prise et suis entrée en transe.
J'ai tournoyé longtemps comme une feuille morte...
Et puis je suis tombée car vide était mon coeur.
Des mains m'ont relevée et m'ont rendu mon âme,
mon âme nouvelle née, mon âme énamourée.
Je me ris de la mort car j'ai vu sourire l'Ange
et se lever l'Étoile, au plus profond des nuits.
TOUT est mon nom de plénitude.
L'oeuvre au rouge est accompli.
Je suis la fille-FEU qui danse dans le vent.
En mon jardin d'AMOUR, la LICORNE m'attend.
Dans les bras de l'AMANT, est la VIE de la VIE
sur les monts parfumés
de Lilium et d'iris.
MARYSE DU SOUCHET-ROBERT
Peintre et poète, Maryse du Souchet-Robert (souchet-robert@wanadoo.fr) est orthophoniste et art-thérapeute. Elle anime des ateliers d’écriture et a inventé une méthode de peinture automatique, l’aquagraphie, à propos de laquelle
elle a publié Le Clavecin oculaire ou l’aquagraphie peinture magique et médiation thérapeutique (Paris, L’Harmattan, 2001). Elle est aussi l’auteure de Le pays de l’étrange (coll. D.Morel ;
Paris, Papyrus, 1989) et Eliezer ou la descente aux enfers (Rouvray, Prieuré, 1995). Toutes ses activités figurent sur son site :
http://aquagraphie-ecriture.fr
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