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Plusieurs poèmes inédits écrits en 2008
je bénis les jambes qui hantent
les lieux reculés de l’ombre
les jardins pressentis de l’air
autant de déserts de la langue
elles portent les toits et la lumière
à la pâture des tempêtes
et mordent chaque pouce de liberté
comme des loups masqués
elles traversent les carnavals et les abîmes
avec cette même cadence mal assurée
qui embrasse chaque caillou
comme une relique de vieux
cavalier désarçonné
elles font mine de danser
pour éprouver le souffle
cet amant si proche si proche
de ce peu de réalité qui joue
au cœur intrépide hors
de son coffre de silence
et de pétales d’une autre terre
où l’amour ignore l’amour
et sait recueillir le rien
le petit rien roulant des mécaniques
comme un officier en permission
dans les bas-fonds
qui porte l’oxygène
à la ligne de démarcation
je bénis les jambes qui fléchissent
dans les bars pour soudoyer
un reste de bonté
une soucoupe de rêve
et soulever la serveuse
dans la culbute des cils
je dis je bénis et qui suis-je
pour prononcer la complainte
des moines qui mâchent
le mot d’ordre d’une chorale
hypnotisée par la fuite sans rémission
du sacré au sens des huichols
et des prisonniers politiques
je dis je bénis et leurs jambes
coulent des jours de cascades
et de mûres amoureuses
une partie de cache-cache
avec la justice qui ignore
le vrai motif du bonheur
je bénis les jambes qui ne sont
que des pantins pressant
le pas vers la première fontaine
venue comme un miroir
je bénis aussi le refus de bénir
ces chevaux ces crapauds
ces énergumènes qui bloquent
toute autonomie de la pensée
et la mène comme un chiffon
que l’on traîne par pitié
et c’est là que la bouche
libère enfin quelques
chenilles quelques secrets
* * *
à Nanos Valaoritis
les sourcils que dessine la terrasse
ne sont pas des architectes
ils ne poussent
dans aucune direction claire
ou alors celle des anges capricieux
qui jouent aux dés
la dignité des pierres
une ville dévoile sa transe
tel un fusain taillé à vif par l’image
d’une voleuse de sang
la mer pénètre les palais
amante pressée de confondre
le creux de l’âme
la terrasse se superpose à une autre
qui en devient moins réelle
mais plus désirable
l’ombre mène au quart de lune
et le sommeil concis à la vision
la terrasse apparaît et disparaît
au rythme du pouls
et des manœuvres de l’esprit
le cristal d’une voix lave l’air
de son inquiétude
* * *
si le bus a d’abord signifié l’échappée
le gazouillis a tôt fait
de saturer le sang
à la première escale
une femme coule nue
dans une porcelaine
de Mandchourie
et les steppes emportent
la mise avec un orchestre
déjanté qui rallie
la boussole du chaos
* * *
Nous avons traversé l’écluse comme on passe de la dernière lueur à la prière des eaux. Engloutie toute parure des dieux équivoques. Nous sommes entrés dans le mystère sans ouvrir de porte, en glissant de plus haut dans la passion légère comme un paysan osseux enduit de crépuscule.
Telle est l’ampleur des muezzins que le propos devient indistinct et la résonance nuée de jacarandas. Mystique involontaire qui jette ses lianes invisibles, le saut du saut.
Nous ne savons plus où nous irons et si l’embarcation ne se trompe pas d’idée. Accoster, partir, se joindre aux cris joyeux des enfants de la rive ou aux oiseaux pressés de déchiqueter le flanc des palmiers.
Les mosquées se sont tues au profit de la jeunesse scandant son amour inconditionnel du voyage qui lui passe sous le nez mais dont elle distille l’incomparable flux.
Les voyageurs eux-mêmes happent l’air des villages, vite délaissés, pour trouver un sens à la traversée. Ils ne sortiront pas indemnes du temps, fragilisés par l’écho d’un amour qu’ils n’ont pas invoqué. Le temps qu’il fait est plus fort que leur retenue. Ils fondent de particule en particule dans la nuit. Sera-t-elle présage ou encore chauve-souris d’indifférence ?
Egypte, mon Egypte que je revois après 33 ans d’absence, avec un avant-goût de Christ qui ne retrouve plus sa croix ni l’arcane de son épopée. Egypte, je n’ai rêvé ni de tes faucons ni de tes crocodiles, à part sans doute celui que le garçon de chambre nous a fabriqué avec le couvre-lit. Un long crocodile de paix avec dans la gueule le guide du Routard.
Ironie et tendresse !
Je confonds mon retour à celui de Giuseppe Ungaretti sur le paquebot Esperia vers son Alexandrie natale dans les années 1930.
Egypte, que la magie te porte encore comme un talisman contre cette folie qui ronge ton intégrité, ta dignité. Egypte, amante de ce chant lunaire, insomniaque et de cette danse libre de toutes règles, simples gestes de paysans qui vouent à l’air, à l’eau et au désert leur humble souffle.
Egypte, dont les véritables dieux brûlent encore dans les yeux apeurés ou rieurs d’un jeune cafetier, médiateur humain, trop humain, d’un secret qu’il est temps que je taise.
MICHEL CASSIR
Bibliographie :
Aux Editions L'Harmattan
ATELIER DE SABLE
Michel Cassir
IL SE PEUT QUE LE RÊVE D'EXISTER
Michel Cassir
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Michel Cassir
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Feuille itinérante
Michel Cassir
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précédé de Théorème
Michel Cassir - Préface de Serge Pey
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Nouvelle poésie d'expression française
six poètes
Préface de Michel Cassir
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Antoine Boulad, Michel Cassir - Préface de Gérard Augustin
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Suivi de Chronique d'ici-bas
Michel Cassir - Préface de Ghislain Ripault
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=auteurs&obj=artiste&no=1438
http://www.alapage.com/-/Recherche/michel-cassir.htm?type=1&mot_auteurs=Michel+Cassir&id=76421225722329&donnee_appel=GOOGL
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