Lune de miel ( extrait)
Des serpents impatients
Avides
Impavides
Convulsifs
Déchargent en langue épileptique
Leur écume de faim
Tu roules et déroules les rouleaux les roulis de la nuit
Les tournis
Les toupies
A peine ébauchée
Au premier jet d’encre
Crayonnée à l’eau-forte
Cette esquisse
Epure
Exquise dans sa pureté
De firmaman
Eau-de-vie
En tord-boyaux
Ombilical
Alambiqués
Obliquant vers d’amples criques cristallines
Aux allures de pipette
Eboulis en trombe de Fallope
S’épandre dans l’étendage
De tes roulis
Tangages de nuits
Aux murmures
Insolents
Qui s’ébat
M’époumone
Ebahie par ses propres
Incantations
Cratère aux ébullitions
Crustacées
Crabe longitudinal aux mille pattes ductiles
Survoltée volte-face
Volubile
Aux volutes voluptueuses
Virevoltante
Virtuose des
Rocambolesques
Cabrioles
Vrille de fille
Sac jamais vacant
Vaquant en vrac
Voïvode ventriloque
Tombée des mues
Des suées
Des nuées
Dénudée
Dénuée
Ebaubie
Ebahie par temps de nuits
Tes bastringues
Bringuebalants
Petite fiente
Fanfaronne
Fanrandole
Funambule
Somnambule
Dans ton horizon de serre
Aux lueurs furibondes
Fulminent
D’étranges follicules
Renoncules
Arpentant
Sans trêve
Des arpents
De rêves
Des serres mouillées
Cerclées de nuits
Poussière de lune
Spectre irisé
Sous le feu
D’inlassables nuées
*
Si Dieu existait
Il faudrait t’inventer
Et s’en débarrasser
Tu es déjà l’Elue
The One
L’idoine
Taillée à même ma peau
A fleur de gênes
A flanc de couteau
Nécessaire contingence
Pas besoin de lui
Du grand
Autre
Puisque tu es
Là
Sans lui
A hauteur d’horizon
Quoique
Ces grâces
Ces moments
Presque d’eau
Nés
Gratuits
Où tout est là
Dans la graisse des ferveurs
Instants de glace
Abreuvés aux sources cristallines
A me faire douter de mes propres doutes
Serait-il las
Tapi trahi dans mes
Silences
A cache-cache
Caché-montré
Souvent senti une sorte de perche
Sans caméra
Manne
Pas vraiment à saisir
Plutôt
Un fil
Pas vraiment tendu
Suspendu
Sans
Rien Ni
Personne
Le long des limons de la vie
Sur le bastingage
Des flottilles amassées
Attendent leur heure de gloire
Sans feux
Ni lieu
Ni vedettes
Il n’y aura plus rien d’antre
Que cette certitude
De toi
Creusée dans les méandres d’infinis réseaux
En strates
Inextricables
Arabesques
D’inextinguibles braises
Se sustenter de toi
Abeille aux essaims de criquets pèlerins
Tu essaimes
En migrations chaotiques
Sans repères
Orthonormés
Même tes hystéries sismiques
Ecument
Se brisent dans l’ouate
De vagues vagues
Epileptiques
Le long d’une échelle de Richter
Improprement
Graduée
Te méfier de ma propre méfiance
Etre à toi mon propre privilège
Alors que tout eût très bien pu ne pas être
Et cesser du même coup
Sans commencement ni faim
S’étonner que tu sois la
Taillée dans toute
L’épaisse sueur de l’hêtre
La matérialité du bois
De la chair gorgée de suc
Pourquoi toi plus tôt que rien
Et si l’eau de ta présence venait à manquer
Où le bruit du silence pourrait-il ricocher
S’épandre
S’éprendre de lui-même
S’étendre
Se tendre
S’apprendre
Les haillons de lumière
N’auraient plus d’espace
Pour te faire miroiter
Et réfléchir en moi
Sans cette eau de toi
Les mendiants assoiffés n’auraient plus de raison d’avoir soif
Et la faim
Sans matière
Tournerait à vide
Dents contre dents
Salive lyophilisée
Langue de sel
Aux rouleaux caniculaires
J’ai dû naître comme toi
Au hasard des courants
La mémoire n’a pas cru bon
Conserver cette trace
Qui ne serre à rien
Ainsi la vague s’efface elle-même sur le sable qu’elle dessine
Et retourne à son propre
Ressac
A elle-même
Plissée dans sa froissure
Emplie d’amples ampérages
Epousant les méandres inlassables
Qu’elle forme d’elle
Striée en vrilles
Astringentes
Astreinte le long de ses propres plaintes
Saillie d’une plinthe crépusculaire
Echancrée dans l’émail du temps
Se défiler dans l’ombre des défis
Maille à partir
Des cris
Stridents
Acides
Oxydés
Bruissants silences
Crissements d’ongles
Sur le tableau moire aux méandres de néant
N’être rien
Qu’une vague immanence
Trop impropre
A force de se laver
Cette immensité qui nous couvre
De songes flasques
Récurrents
Rémanents
Que ce souffle qui ose à peine se dire
Sur la plage meurtrie par les griffures du sel
Ces morsures que tu m’affliges
Sablées sur la grève
Au gré
Des sangles
Et des sanglots
Sables s’émouvant
D’être pas
De ne pas être
De peiner
D’être à peine
Ventre éventé
Vautré
Qui se vante
D’être vent
Avoir vent de tes brises débridées
Qui se brisent
Violent ressac
Baisers labiles
Sur mes lèvres sures
Que tu susurres
Gercés de sucre glacé
Et si la mort devait à jamais t’éconduire
Tu resterais seule
Sans toi
Ni moi
A mirer le large beaucoup trop vaste pour toi
Exposée aux mille brimades amoureuses
Du temps infiniment lessivé
Je reviendrai du fond des âges ricochant sur tes plaintes
Le long d’un improbable chenal
OLIVIER VERDUN
Je suis professeur de philosophie au Costa Rica, membre du comité de rédaction de la revue Cause commune. Doctorant en philosophie, je prépare une thèse à
l'université de Paris VIII sur "La métamorphose du religieux dans le processus de la mondialisation". Mon ouvrage L'énigme de la domination paraîtra en septembre 2009 aux éditions Homnisphères
dans la collection "Horizons critiques". Je suis également l'auteur d'un recueil de poèmes, Fragments de rêves / Débris d'azur, qui vient de sortir aux éditions Edilivre. Trois autres recueils de
poèmes sont en cours d'écriture, ainsi qu'un ouvrage sur le devoir de mémoire. J'ai écrit également des articles philosophiques et des textes littéraires (poèmes, nouvelles) pour les revues
suivantes : Mortibus, Le philosophoire, La République des lettres, Le Nouveau Recueil (Jean-Michel Maulpoix), Ecrits-Vains, La
roulette russe, Passage d'encres, Bororygmes, Microbe, Lampe-tempête, Arpa (poèmes à paraître l'année prochaine)...
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