CINQ PLUIES SAPHIQUES
PLUIE
mais tu pars… déjà ?
et je dessine sur le mur ton ombre, qui ne part plus
(le vent berce le vent
et le vent, la pluie)
(et le même voile
de larmes tièdes nous baigne toutes deux)
- mais quand tu rentreras chez toi, amie,
sache que c’est mon ombre qui
t’attendra sur ta propre couche, y embrassant
ta longue solitude, debout, à longs cheveux, de dos
(qu’offres-tu donc de plus brillant, et noir ?
tes cheveux, ou tes yeux ?)
(le vent fait hurler la pluie
et la pluie, la pluie)
(et le même tiède voile
d’averse, hâtive et tardive,
à distance dehors
nous enlinceule toutes deux)
- la même torche blanche d’un arbre
à travers la brume, demain matin
PLUIE FINE
Et cette nuit encore c’est cette ombre
pâle, sur le mur, c’est mon ombre qui t’éveillera
comme l’écho d’une cascade peinte sur la chaux
peut empêcher une impératrice de dormir
- alors que la nuit, dehors,
n’a déjà plus de pavé
PLUIE FINE D’ORAGE
Presser, juste, ton mémorable front contre ma joue
au long des longues nuits des longs automnes longs
sous l’humide rumeur d’un lendemain d’orage
et le clair diadème, au mur,
de l’unique, infinie et la seule Aphrodite Uranie.
PLUIE
de Mytilène, ce…
La pluie, toujours la pluie, et son rideau de larmes, ma belle Persane.
Quand il pleut beaucoup, je pense toujours à toi. La pluie, installée, nous sépare et nous unit dans son long voile de pleurs. Me réunit à toi, depuis Lesbos, jusque sous ta pluie de Suse. J’embrasse ton beau visage de Suse, au fond de ce village de montagne où ta démarche citadine, ta jeune fierté, je le sais, te vaut l’envieux sifflet des vieillards et des blédards quand tu passes dans leur rue. Ton visage de pluie. Et puis, tu sais que je t’attends dans ta chambre de bled montagneux de Suse, à chacun de tes retours, sous la solitaire pluie, infinie de Suse - ah jusques au coq sentinelle, glissé comme en rêve depuis le dernier pré sur nos rêves pluvieux.
Affection. Je t’aime de loin, comme de près. J’admire, et dévore ta pro,fonde féminité. Ta beauté perse, belle Persane, me fait du bien, même de loin.
VENT
[…] vingt […] sur ton visage plaintif, et puis cette vingt et unième, qui est un baiser […]
ah c’est que je suis égoïste et que ta (profonde) féminité, d’abord, me fait du bien […] ton plaisir de femme, car je suis femme aussi […]
à lèvres lisses sur tes lèvres lisses, plus tièdes et lisses que les miennes […]
(ah t'aimer, musicalement, toi, la moins terrestre, meurtrie d'ombres, sous cette pluie là-bas au-delà de la pluie
et des cités humides de lunes, et humides flambeaux ; jusques à demain, jour)
DANIEL ARANJO
MC en littérature comparée à l’Université du Sud (Toulon-Var). Prix de la Critique 2003 de l’Académie française, est aussi poète et dramaturge (trois textes créés par le Théâtre du Nord-Ouest, Paris IXe, de 2002 à 2008 : Un Requiem en français en divers découpages ; Agamemnon, Atlantica éd. ; Les Choéphores). A publié des poèmes dans quelques revues (Poésie, Autre Sud, Friches), sur quelques sites Internet (Babelmed/Trans-ports), et récemment d’autres poèmes saphiques aux éditions Poiêtês sous le titre De l’éternité et de l’immortalité selon Sapphô, de Mytilène (éditions Poiêtês, BP 84, L-3901 Mondercange, Luxembourg ; contact@poesie-web.eu ; 19 euros franco) ; deux autres séries sont disponibles sur le très érudit site www.saphisme.com, consacré à la poétesse Sapphô.
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