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1 Le parfum qui m’a suivi
naître dans le miroir de l’automne
germe d’or
dans le noir du port
où les marins reposent
je pousse de quelques pas
sonne le glas
tendre l’oreille à l’écho rouge
à la petite musique de nuit
au parfum qui m’a suivi
envol vespéral du toit qui l’habite
se souvenir en fleur
fantôme intérieur
je glisse dans la magie de l’artifice
allez ! plus vite
©2xdi 2005
2 violence de la patience
corrompre la vie
la clématite sauvage en jachère
joue les reines blanches
clore les paupières
l’œil béant sur le savoir
garde le rouge pour la mémoire
renverser la chaise
un soir bleu la voie prend feu
j’effrite ma peau sur le lépreux
inscrire la patience
violence de l’attente
ouvre ton désir sur un champ rond
un non lieu un double tronc
survivre d’orage
femme sous mes pas
je me nourris de blanc rouge bleu
appel d’or
l’autre ?
©2xdi 2005
3 l’accompli du ravissement
en toilette du soir
un ciel a deux sens
l’accompli du ravissement
le plaisir solitaire
s’inscrit à même la terre
feuille à feuille
cuivre de frémissements
caresser la couleur
des coulures d’usure
couvrir le tronc archéologique
embrasser l'oreiller ventre
au contact de la peau
blême
la peau en prose
approfondir
comme une souffrance innocente
je te garderais !
©2xdi 2008
4 le cri du coq
les talons rayonnent
sous l’allée découverte
claquent en poule mouillée
quelle date à retenir ?
“vous aussi”
quand il fait le plus sombre
l’oeil s’englue
dans les lignes de fuite
les lourdes grappes
éclatent de rire
la caresse brune
d’excessive douceur
réveille le cri du coq
lueur timide
silence furtif
attention !
l’horizon s’obscurcit
©2xdi 2008
5 étourdissement
sous la voûte obscure
soudainement
la prunelle claire
se dérobe
se niche en la chair
encerclée
fibre au faîte
trop ou plus ou plus rien
secret de soupirail à lever
œil expirant
tourné dans le poumon
aspirer son horizon
perdre son poing de fuite
bitume béton tôle
se dilatent en crachin
se contractent en capsule
trouent mes mains
tout le sens fourmille
s’étourdit
engrosse la seconde en éternité
épilogue du jour
ou conscience de l’amour
©2xdi 2006
6 résolution
d’une femme amoureuse
l’esprit lui souffle
rivalise avec le fond d’opacité
ils se disent savoir pouvoir devoir
le con-ruption renversé
les écartés
la peau de bouquet a séché
toute la pluie de sagesse
rigole sur le trottoir
fait de mer iroise
l’horizon juste sur les toits
ferme l’abri turquoise
©2xdi 2006
7 qui a tué la luciole
nébuleuse spirale
prête à prendre le large
passerelle passage
escargot penseur lueur
s’enroule dans le cyan
vous êtes dans le vide
en direction de véga
comme le soleil noir
disruption état d’ignition
poisse de l’érection
jouissez pour en finir
du réveil cinglant
d’inassouvissement
dormez en sous-marin
coma incertain
©2xdi 2006
8 pouvoir de neige
légère sans force
flocon tombé
qui tente de résister
dans les zones d’ombre
sept jours à vivre
en trouver une autre
cette vie de limbe évide
territoire vierge
le grand vent de l’oubli ne souffle pas
la note bleue pas à pas
danse le flocon !
sautillements
grâce de l’air ascendant
sursauts de l’appel à l’air chaud
flocon énamouré en abondance
d’un ours blanc immense
cristallise le temps
impuissante à agir
entre dans le cadre
la mariée empêtrée
la mariée sale en neige
sept jours de rien
la lumière à peur de tuer le minuscule
de mourir la vie de flonflon
d’endormir la vie du con
aimer pouvoir de neige recouvrir
©2xdi 2007
9 relique
le crissement du ver
alanguie allumeuse
les mêmes yeux à la rame
le même profil à chanter
qui a tué la luciole ?
avarice de l’ours
roc qui rompt
ils coulent le sang noir
origine fluide dans le bain rubis
la relique ficelée de mornes vertus
assise de deuil
désoriente au saut du lit
par une nouvelle fécondité
bat les vents
éloigne l’interdit
©2xdi 2007
10 disparaître
pourpre invasion nuageuse
je t’ai déjà rencontrée
toutes les nuits
sur la toile de mon mur
brume épaisse
Feutre bistre
étoffe purpurine
étouffe le bruit
brûle le territoire
noie
le poisson rouge
. . . disparaître
©2xdi 2007
11 ordonnons le paysage
monstre vert tendre
avide de pas feutrés
où marcher
où m’endormir
une apostille de fragrance humide
la rosée à l’ombre portée
ordonnons le paysage
les jardiniers terrassent
des parcelles perdues
dans le gris du bitume
les jardiniers font les taupes
encerclent les plates bandes
mettent à mort aussi
le marronnier en sursis
sur le bout de la langue
la tête m’arrache
inconsolable buisson
encadré d’une autre vie
©2xdi 2006
12 eaux en mue
fleuve en mue serpente
creuse le territoire
pourquoi de l’eau faut-il toujours en faire une histoire
une rencontre glissante
sur un lit de salamandres
fleuve en crue
déborde
noie le paysage
pourquoi de l’eau faut-il toujours en faire une image
une tempête soufflante
sur un navire en souffrance
©2xdi 2007
13 cueillir la ronce
je parle d’un temps
de l’instant soustrait
d’un paysage en arme
d’un jardin de charme
sans ombrage
ordonnons le paysage
murons arrachons
la poterne se referme
hors la fragrance chuchote
crève terre de tes talons
agrippe ronce à pleines mains
écorcher mûres écraser
alors le tout de
fleur de lune
passiflore
millepertuis
verge d’or
asphodèle & pissenlit
chiendent & bouton d’or
quant à soi Equisetum pourquoi pas
cueillir ronce si la mûre est levée
cueillir sourire pour annoncer une fin
cinéraire sans lendemain
au fond du jardin
ailleurs
bien loin d’ici
ici
trop tard
juste à temps
jamais
peut-être
©2xdi 2008
DOMINIQUE LANGOUTTE
Je suis une passante, mes épreuves illustrent mes marches extérieures & intérieures des espaces parcourus au quotidien, c’est une lecture silencieuse du monde qui déclenche l’acte photographique.
Ma recherche s’oriente vers la création d’un langage iconographique utilisant la photographie comme protocole.
Les épreuves sont réunies sous forme de “matrice”, éléments les plus sensibles, sensuels et intimes du quotidien, pour les mettre en jeu et créer la matrice, écrire ainsi l’unité par le multiple d’émotions.
Mes poèmes sont donc d’essence iconographique, les écrits sont leur origine, ils me permettent leur mise en œuvre.
C’est donc l’un de ces écrits que je vous confie pour une toute première fois.
Parution en février 2009 de ‘pouvoir de neige’ dans le N°2 de la revue Trace Écart.
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