1 Extrait de « Contraction de flocons
d’ivresse »
Ma timidité par terre de glace
Regardant écarquillée l’âme s’évanouir
Couverte de la sincérité du ciel expert
Le désir en géodésie du sortilège d’amour
Quand ses voiles marbres glissent de ce soir
Entre les palabres parolières de nos aveux non-dits
Remplis de contes de fée et des mille-et-une nuits
Marchant sur les tréteaux pavés de l’amour équilibriste
Sous les premiers flocons du jour qui disparaît derrière lui
Lors de cet hiver au mausolée blanc rugissant au passage du passeur
Pour nous momifier dans ce cocon intrinsèque tapissé d’une mosaïque lapis-lazuli
Quand le regard chauffe ses sentiments avec l’étincelle de couleur qui reflue dans l’iris drapé
Inconnu l’un de l’autre à refaire le monde pour nous définir d’élégiaques effigies entichées de
bonheur
2 Extrait de « Astuces & Manœuvres
»
Les tactiques du feu mettent les dispositifs à l’horreur
Les grands ensembles constitués après les exercices de réserve
Lançant Opération Tonnerre en ouvrant les hostilités
Les méditations guerrières se tiennent au garde-à-vous
Que Machiavel associe au bon sens qui défaille dans Babaorum
La marche au pas est cadencée par une gymnastique de l’esprit
Quand le bataillon passe la mesure sur les ponts en résonance
Tenant le fusil-mitrailleur dans la gâchette du destin
Qui montre la grande parade des balles traçantes
Devant les cils des yeux palestiniens qui brûlent en pleurant
Les directives sont issues du commandement replié dans la tente
Dressée sur les hauteurs des arrière-gardes du campement
Pendant que la chair à canon nettoie le cobalt de ses bottes
En ruminant des airs d’Ella Fitzgerald donnant du cœur à l’ouvrage
De la Soul à l’instruction en passant sous le viseur du feu ennemi
L’entraînement dans la salle d’armes où les escrimes sont capitonnées
Ne suffit pas pour dégoupiller la grenade avec les rameaux du fruit
Les pépins encombrent la route militaire où les décorations affleurent
Naissant dans le sang des morts kakis sous le reflet d’étain d’une breloque
Faite avec le plastic du C-4 récupéré dans l’armurerie où les sabres font le rang
Les tirs d’infanterie sont des piqûres de moustiques sur les blindés adverses
Qui rigolent en ayant le hoquet d’une salve d’artillerie à vingt-cinq millimètres
Poussant la toux grasse de quelques roquettes qui glairent sur les peaux déconfites
Le cœur à l’ouvrage et les genoux ouverts sur le champ de bataille céleste
Où se rencontrent Horatio Nelson et Spartacus qui conduit la révolte du Bounty
Une salve de tir à balles réelles puis les fantômes à blanc qui trompent les cibles
La sonnette d’alarme est tirée dans le mess qui croit encore à l’exercice d’alerte
Alors que plongent dans la baie les porte-avions sous la chape déjà rougeoyante
Qui missile le bruit même d’un lever du jour ensanglanté par l’aurore
De chaque côté de la coque qui chavire en perdant son tirant d’eau
3 Patte de velours aux gants d’argile
Des éthiques surfaites aux impostures du combat
une main d’acier pour frapper le destin des Raging Bull
des plaques de métal chirurgicalisées sur les phalanges
pour démembrer la dentition de l’adversaire ennemi
Aux quatre coins des rings de l’hexagone
similitude des combattants aux éthiques identiques
Tyson reste le Prince déchu et Ali un héros identitaire
héroïsme moderne devant une effluve de sang gratuite
Les paris vont bon train à déjouer les cotes à dix pour cent
une affaire de pègre et de gloires souterraines
pour équilibrer les sociétés des bas-fonds inconsidérés
un amour de façade sur des ecchymoses bleuissantes
Entre le rêve de Cendrillon et celui d’Icare
l’esprit emprunte des dédales impossibles
au-devant de la carotte du mérite
pour se porter au corps à corps et ronger son frein
Les rounds de la vie défilent sans sourciller
sur l’horizon filaire des cordes à sauter
au frôlement des tapis d’entraînements
le retour pendulaire d’un punching-ball invincible
Rêves fantomatiques de l’excellence au Bushido
Musashi en ronin vivant d’errances et d’abandons
entre les spectres du Japon médiéval et les poussières du sang
pendant l’avancée du progrès sur les joues du réel
Les fausses gardes ne sont pas des repaires
pour placer une riposte à contre-temps de la mesure
une sarabande nocturne lors d’un combat de samedi soir
remplissant un Madison aux billets hors de prix
Les gloires sont crochetées par les réalités matérielles
sous le regard univoque d’un pirate borgne
une main de fer à la mobilité androïde
après l’âge pointu du capitaine Hook
On ne se relève pas d’un uppercut
les tempêtes dans l’eau brassent du vent
et se vautrent dans le stupre sous un contre
après un knock-down libérateur
Tous les combats ne se finissent pas aux points
quand les arbitres masqués oublient les unissons
pendant que les arcades explosent
et que les femmes pleurent sans larme
4 Extrait de "Recueil d’un seul poème" n°1
Recoin d’une mémoire où danse Mnémosyne au rappel d’un sortilège décontracté
Narguant les nuages de Walkyries qui enveloppent les rameaux chtoniens de la pluie
Lors d’un jet d’une nouvelle dioptrique qu’un homme ouvert à l’extase ressemble
Bruissant de l’onomatopée du frisson qui parcourt les artères sinusoïdales de l’existence
Mettant bas un jour de printemps à la détente inflexive d’une texture poétique
Pris par les branchies d’une neurasthénie invasive où l’homme se dédouble de peu
Voyant alors dans les pépins du pamplemousse l’arôme d’acétyle-méthyle-alanine
Comme si les Plantagenêt avaient chauffé leur seigneurie à l’alcool des jours maladroits
À travers la jonction de cristal qui chevauche les siècles encordés par un horizon temporel
Que des jets de napalm défont en embrasant l’asthénosphère où montent les champignons atomiques
Pour enrober l’univers extatique avec la mitraille séculaire qui poussiérise les morts sacrificiels
Retombant par dizaines de trilliards d’atomes sur les catacombes de New York défloré
Que la génuflexion des autres empires entend appuyer au prolongement d’autres saintetés
L’âme romantique du monde touche deux extrémités au même instant de troubadour
Quand les circonvolutions crâniennes défont le mysticisme synaptique qui exécute
L’ordre d’une carte-mère à la connexion du Père qui extend sa pupille cyclopéenne
À tous les fils qui résorbent les mêmes photons que Phaéton répand en réponse
Ouvrant le cercle elliptique de la lumière avec la constance reproductrice d’un Évangile
Saute le jaguar dans les savanes merveilleuses de l’onirisme hospitalier où l’on entend la lyre
L’espace criblé d’impacts lors de la courbure d’espace-temps incurvée par la pensée des cieux
5 L’ordinaire des femmes
Au sein des paumes qui salivent
Les baisers se déposent pour glisser
Dans le mouvement d’amour qui s’enroule
Que l’homme suit comme un fil d’Ariane
Que les Trois Grâces rendent éphémères
Quand l’homme quitte le cocon de l’utérus
Et que l’ombilic prend fin au début d’une hypotension
Le coup de ciseau où commence la liberté infanticide
Rien de plus ordinaire que d’inventer l’amour
Au spectacle du rût des espèces mâles
Dont l’homme s’extrait avec les gouttes du divin
À la confusion d’amour entre le sexe opposé
Et les Madones évangélistes qui nourrissent leur sein
Dans les jupons des antichambres de la sacristie
Les machineries battent les tambours
À la levée des cœurs qui se haussent au clairon
Quand reviennent les hommes de la guerre
Le drapeau à la main et la bestialité du lendemain
Entre les hystéries de la gloire
Et les normalismes puants de la sauvagerie d’hiver
Le codage numérique et binaire des femmes
Enculées par le manichéisme d’un "oui"-"non" de soirée
Et rendre fou les maris décrépis qui crèvent d’envie
L’enivrement entre désunion et divorce
La séparation en ultime recours
Que viennent cuisiner les vieilles rancœurs
Dans les marmites d’une grand-mère moraliste
Les merveilles riment avec ailleurs
Vacillant sous la coupe d’une faucille trotskiste
Ou sous le sari des vieilles putains perses
Qui disent la bonne aventure aux chasseurs du temps
Et bien d’autres à d’autres endroits.
En alexandrins ou de formes plus longues.
JEROME HUGOUNET
Diplômé d’une école de commerce, j’ai travaillé ans ans comme auditeur au sein d’un cabinet de commissariat aux comptes. De nature très accommodante, j’ai démissionné de mes fonctions et j’ai consacré deux dernières années de ma courte vie au développement de mon écriture (romans, essais, poèmes). J’ai aujourd’hui terminé romans et deux recueils de poèmes, qui attendent publication dans les ténèbres pessimistes de l’anonymat.