Le temps qu’il fait
Epaisse absence
Battue reposée
Comme blancs en neige
Paupière de la chambre relevée
Face contre blanc
Le ciel a laissé tomber sa sortie de bain
Dans le cadre de la fenêtre
Cadre qui nous tient
Avec le regard dedans
Tout ce blanc déposé
Pendant nos yeux fermés
Tout ce blanc se prenant pour merveille
Une pause ce matin
Entre les gouttes à résoudre
Mais quand même
Ce silence compact où chercher
Des grumeaux de parole
Silence horizontal
Chambre stérile d’où l’on reviendra
Avec le gris avec le bleu
Et tout ce qui grésille
Dans la matrice des heures
Un silence de dimanche
Sous l’aube profane
Dans le matin allogène
Il le fallait cet aboiement
Pour la neige attester
Et qu’entre ses crocs il tienne
Les mots que je ne sais pas écrire
***
Inventaire ferroviaire
Nappes vertes hérissées
Trouées peuplées eau et sillon
Car or rouillé à l’arrêt
Buts endormis sur terrain humide
Haleine matinale des prés
Soleil et brume
Brun fauve des bêtes qui paissent
Courbe du chemin et reflet du ruisseau
Comme coquille d’huître ouverte
Oiseau qui suit le train et le perd
Champs mal coiffés entre Tours et Angers
Caravane vacante au jardin
Talus tapissé de feuilles métalliques
Piscine ronde et vide
Pour enfance mutée ailleurs
Cheval seul
Hangar abritant trois voitures en apnée
Porte bleue et porte rouge
Soleil kidnappé à l’ouest
Bâche flottante sur foin compressé
Nuage très blanc éclaboussure
D’eau de javel sur ciel cendré
Arbres en rond (conciliabule)
Flaque d’eau tache de naissance sur peau de la terre
Panneau STOP et derrière lessive étendue
Enfant sur vélo minuscule (apprentissage)
Mère qui veille et guette une apparition
Mur tagué mur vierge et mur qui transpire
Arrêt Angers vieil homme sur le quai
Agrippant la main du fils de son fils
Ombre portée du chariot
Repère 60 repère 61 repère62
Tas de cailloux à droite essaim minéral
Retour au vert foncé
Talus bosquet terre battue sillons travées
Broussailles sentiers zones inondables
Grillages forêts ciel…
***
A une heure vingt cinq
Une mouche est entrée dans la pièce
Avec sa masse de silence
Compact
Comme le noyau d’un fruit mûr
A peine.
Elle a fendu l’air friable
Brisé l’arc d’une pensée circulaire
Ramenant les saisons et les morts
Nous ramassant au bord du monde
CLAIRE KALFON
Claire Kalfon est née à Oran en 1956. Elle enseigne et vit à Tours.
Elle a été publiée dans les revues Petite, Décharge et Friches.
Elle participe régulièrement aux actions menées dans le cadre du Printemps des Poètes.
Certains de ses textes ont été mis en ligne sur le site « La toile de l’un » créé par le poète Alain Boudet.