Arrimer en pays d'automne
Accrocher un verbe bleu aux phrases du vent
Ce pointillé de brise qui pétille
Rouge bruisse un feu de sumac
Un jardin de soleils aux rires égrainés
Des anneaux chevillés
A l'âme
D'un éboulis contenu
Arrimer en pays d'automne
Mémoire estampillée
Comme un sticker collé au front des vitres
Faire le plein de Nous
Pour jamais ce manque de ciel
***
J'aimerais être sable
Ce hier déjà
Cet hiver escarpé que tu habites encore
Comme on habite un naufrage
J'aimerais être sable
Y fourmilleraient tes fissures secrètes
Tes petites peines lourdes
Tes pensées râpeuses
J'aimerais être sable
Le buvard absorbant de ton silence
Et comme évaporées dessous les vagues
Dessous leurs langues
S'effaceraient tous les écueils
Tous ces pas qui te crochent-pattes
J'aimerais être sable
Jusqu'à rendre illisible
La trace des soleils noirs
Demain serait rivage
Apaisé
Linéaire
***
L'échappée cohérente (ou presque)
C'est à ça que ressemble l'eau dont nous avions soif
Serpents de moire/mirages
sur le goudron crevé
chaleur trouble de l'air
Tornades sèches
aux spirales de sable, de feuilles
de papiers gras
Une porte mal fermée
mal ouverte, je ne sais pas ?
Et s'engouffre la nuit
et avec elle, le froid
la braise vive des pierres
nos pas blessés
Une ombre amalgamée à tous mes faits et gestes
un regard collé à la serrure des mots
Ça fait comme un écho gercé
aux lèvres
Alors taire ?
COLETTE DAVILES-ESTINÈS
Naissance au Vietnam, enfance en Afrique. Anciennement paysanne, aujourd'hui citadine.
Elle puise son inspiration dans un sentiment de perpétuel exil.
Quelques textes publiés à La Barbacane, LE CAPITAL DES MOTS et La Cause Littéraire