La Pierre et La Plume
Une pierre clamait à qui passait
Qu’elle était la plus forte, qu’aucune autre chose,
En ce domaine, ne la surpassait.
« Vous êtes douée pour l’inutile prose,
Fit une plume volant par là. – Réellement ?
Forte, vous dis-je, et d’une résistance ;
Rien ne peut me détruire : on me lance
Et même en retombant lourdement,
Je reste intacte. De plus, je suis rapide
Pour dévaler du vide.
– D’une motte de terre, sans doute ;
Ce qui ne vous met guère en déroute.
Mais seriez-vous mieux à votre aise
A tomber de cette falaise ?
Relèverez-vous ce défi ?
A moins que du précipice vous ne faites fi,
Comme vous le prétendez, termina la plume.
– N’ayez crainte, j’assume
Ici et devant toute cette assemblée. »
On alla au bord de la falaise ; d’emblée
L’on se jeta : « Dégagez le terrain
Car je serai le premier, c’est certain,
Hurla la pierre
Qui, effectivement, arriva première
Mais... en se fracassant sur un rocher :
Il n’y avait pas mieux pour se faire moucher !
La plume ? Transportée doucement par le vent
Se posa sur la roche sans fracas.
On se prête souvent
Des qualités que l’on a pas.
***
L’épervier et les trois Corbeaux
Un épervier prit dans ses serres une souris
Et avec elle s’envolait vers son logis
Quand trois corbeaux, bons à rien et opportunistes,
Perchés près de là, lui emboîtèrent le pas,
Déterminés à s’attribuer ce repas.
Par nature les animaux sont égoïstes :
L’épervier, forcé par ses antagonistes,
Se posa et, par des postures attentistes,
Protégea sa proie. Tels de fameux duellistes,
Par coups de bec, par bousculades, par assauts,
De lui faire lâcher prise tentèrent les corbeaux.
La bête, cernée, assaillie, céda enfin
Et laissa aux corbins son précieux butin.
C’est encore mœurs d’aujourd’hui
Que de vouloir le bien d’autrui.
***
La Mésange et Les Moineaux
En cet instant, une mésange trouve une carcasse ;
Quelques asticots y rampent encore.
Elle patiente un peu, refait une passe,
Se pose et, un à un, les picore.
Alerte, elle voit au loin une nuée d’oiseaux.
« Fichtre ! s’exclame-t-elle, maudits moineaux ! »
A peine l’a-t-elle dit que, de la troupe,
Se détachent trois piafs : l’un d’eux, sur la croupe
Du mort se campe ; les autres se postent sur un arbre.
N’étant pas d’une nature aimable,
La mésange reste de marbre
Devant leur état pitoyable
Et, sous leurs regards malheureux,
En vorace, elle gobe les vers juteux.
« Vous auriez pu être charitable
Et partager quelques mets de votre table,
Même seulement avec mes petits
Que vous voyez fort amaigris
En ce début d’automne !
N’est-ce pas là l’une des règles de la faune ?
– M’imaginez-vous oiseau asservi
Comme ceux gardés par les hommes ? fait la mésange.
Non ! Premier arrivé, premier servi !
Je trouve donc je mange,
Même si cela vous dérange. »
Sur ces mots, le passereau avaricieux
Reprend la route des cieux.
Maintenant, la neige s’est installée et force
Les oiseaux à se cloîtrer dans le houx
Ou sous les toits, et l’on s’efforce
Sans succès à trouver à manger. Un redoux,
Pourtant, étonne cette nature en souffrance
Et lui accorde une courte espérance.
Ainsi, père et fils moineaux
Découvrent en ce renouveau
Quelques monticules dégelés de terreau,
Garnis de vermisseaux.
La mésange radine
Apparaît, montre sa trombine.
Tandis que les trois oiseaux gobent à la chaîne,
Elle s’avance pour manger, toujours hautaine,
Comme si elle eût été reine de ce domaine.
Mais les moineaux, emplis de haine,
Ne la laissent pas faire : le père la pique
Avec son bec, les fils empêchent son envol.
« Vous m’attaquez, moi si faible et famélique,
Pourquoi ? dit-elle. Je ne commets aucun vol !
C’est à tous, c’est la loi. »
On lui rappelle ses mots, son chacun pour soi.
Elle feint l’ignorance,
Réclame la clémence.
Le père moineau, comme donnant sa sentence,
Répète à la mésange sa malveillance.
« A l’été de la Saint-Martin,
N’est-ce point ce que vous me disiez ?
N’est-ce point les paroles que vous usiez
Pour nous laisser à un triste destin ?
Entendez cette leçon aujourd’hui
De la part de celui à qui vous avez nui.
Comme vous survécûtes aux autres hivers
Grâce à votre égoïste adage,
Je vous livre le mien : A chacun ses vers... »
Qui point ne partage,
Ne peut attendre des autres davantage !
DAVID CLAUDE
Il se présente :
David Claude, de son vrai nom David PETIT, est né le 05/06/1971 à Valenciennes mais Mosellan d’adoption depuis trente ans. Amoureux de la littérature classique, il commence à rédiger ses premiers poèmes à l’âge de dix-sept ans, puis écrit des nouvelles avant de s’essayer à la fable ( dont quelques-unes ont été publiées dans des web-revues littéraires ) , celle-ci s’ouvrant à de nombreux sujets pouvant être traités rapidement et permettant de dire ce que les uns disent tout bas et que d’autres taisent ; ainsi sa ligne fabulaire est dirigée dans le sens inverse de ce lieu commun Toute vérité n’est pas bonne à dire. Religion, Immoralité,l’honnêteté et la vérité, l’amour sincère et le geste noble, la famille, la Nature, l’écologie et les conflits sont ses thèmes privilégiés. Ses fables en vers sont morales mais ne se veulent nullement moralisatrices car l’auteur sait qu’il est, comme ses congénères, englué dans ses défauts. « Je ne vois pas la vie et la société comme les autres, je les vois pour ce qu'elles sont réellement, je ne les édulcore pas... » dit-il, tentant de s’approcher au mieux de la vérité. Beaucoup nieront déceler une seule vérité dans ses fables, néanmoins comme il le dit encore « Nier une vérité n’en fait pas moins d’elle une vérité... »