à mon ami défunt l'abbé Jean Défossey
Le cancéreux
Longue barbe grise
Maigreur insolite
de l’homme
Qui m’a parlé de son cancer
D’un ventre malade
Rongé par un feu maigre et fulgurant
dans l’affect tournoyant
suspendu dans d’épineux murmures
sa plainte est lancinante
car longtemps sa douleur fut rude
Extravagante
Il vomit de la verdure
Dans le bec de mes oiseaux
Qui déchiffrent ses plaies internes
Glas de l’horreur
Glas perpétuel
Toute séparation a un corps
Une longue étude de couloirs
Sa conscience abusive
manque de rêve
Ne fabrique que des fioles de sursis
Des débarras d’odeurs
nichées dans des cages
des abysses
moisissant dans l’incertitude
pour sûr je dois toujours répondre à ses appels
Qui ne sont que lancements d’un cœur capitonné
Fermés par trop de lumière
Et mon absence qu’il déplore
Le place à la fenêtre
Sous ma protection discrète
Et bientôt je l’appelle
Et l’éternel palpe ma blancheur
Ma gêne est une douleur en guise d’étiquette
La tenue d’un retard qui s’éteint dans la brume
Le lieu est ouvert à toutes traces
Où pères n’ont pas douté
De revenir dans leur résistance
Seule reste une croix serrée
Dans les mains désordonnées
Dans sa réserve de plomb et d’odeurs
la terre mue et prolonge le ventre cancéreux
la trompe de bouddha lui a dressé un avenir
de ses membres persistants
message hardi
garni de fruits
garni d’espoir
et de légèreté
la guérison est proche
mais la lumière est blafarde
Et je me laisse bercer
Par les rires et les trémolos
où lèvres longues sourient aux anges
Dans d’océaniques destinées
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Elle a des yeux noirs des yeux flous
Qui se démènent dans l’onde et font face
Cette luzerne chimique
Cet échappatoire
De forêt en forêt
Dans le nœud clair des ruisseaux
En œil pleurniché de hasards
Aile en conservation des forces
Force en dépit de l’aile
Où vulcain s’accorde
Crinière mal léchée
Elle aussi se trémousse
Dans le maki de ces ruines
Silence la déhanche
Elle en court partout
De petits galops passés
A dépasser la pharmacie
Où la mort se décolle
Et décore de ses pontes de santé la vitre teintée de bleu
De métyl-haine
Le vrai parachute de l’ennui
Te tombe dessus
Dans la paix nombre
Orangée
Rangé de faire n’importe quoi
Rangé en prison
Ce qui tient vraiment le coeur
Le surplomb
Dans la mesure du temps
Le temps que l’on passe
A effacer les soucis
Le réceptacle bleu des sources soucis et souffrance
Te laissent blondis d’air et d’apostrophe
Et de différence
Le temps cyclique te sépare de l’œuf
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Le corps de la demoiselle
un ruisseau
le passage de la pluie
Qui coule dans ses tracas
Son empire est nu
Il va loin dans le rêve
Ne colle pas
A l’idée de ce monde
Ce qu’on pense d’elle
Ne la touche pas
Elle passe tel un nénuphar
Glissant sur l’eau
Nue
Epouvantée
le seul mouvement est abstrait
Croquis supplémentaire
Peinture grave et libre
Et libératrice
Etre belle
J’espère
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Mon ventre est malade
Il souffre de tous vos mots
Heurtée je gémis
Spectacle sans fin ni commencement
M’a rendue violente
Mais je retiens mes poings et mes cris
L’amour ne doit pas se gâcher
Je relie mes points de suture
Et mes os à mes beaux jours
Je sais toi aussi tu es seul
Tu regardes passer le monde
ma vie est faite de lambeaux
Mais tu sais une chose est sure
Je t’aimerai jusqu’au tombeau
Je serai ta belle en automne
Ton ensoleillée cet été
Et chaque saison nous ressemble
Où nous vivons l’éternité
DELPHINE GEST