Tenir la foule l’épaisseur
Houle flottée le long du vent
Donne les larges pas
Les châles de ces dames sont sortis
Dans les coins de la ville
La lune est branchie du soir
lucide
les vertèbres de la rue
vont à contre courant
où le corps est pénible
où le souffle est mordu
on arrache une vieille ancre
mais les coupures du ciel
de concert
s’accordent
tels un nouveau chant
Le soleil nous raconte des histoires
Sous le même toit rencontres se font
Sourires et accords batifolent
Courbettes sortent ainsi bourgeons
Luttes expient dans le feu
visites guidées
où le soleil est béance on est encore là
A plonger dans la lumière
la toile de fond
mille et une feuilles
à décompter quand le temps avance
ils sont debout
l’air est debout ainsi
j’ai trop vacillé
la vitesse a grisé le pas de l’histoire
l’ombre est transie de tonicité
parcelles
créations livides
en hauts labyrinthes
frénésie de dire tout à la fois
frénésie compulsive des vents marins
quel mot avant celui ci
donnera sens au secret
au lendemain des beaux oiseaux gorgés de poussière
à l’ouvrage
telle la grande lueur d’un son
l’approche de la nuit
se fait cri noir qui fuit
tel le voyage salé de la mer
et son équipage froid comme les anciens naufrages
***
FIEVRE
Le fièvre et le silence
Tètent ma poitrine
Et je m’éloigne
Dans l’égarement du temps
Tête pleine de vomi
Tête ressemblant aux têtes
Aux pages sages
la langue pointée
se teinte du vernis et ses jours réguliers
A la mangue mangée
Qui s’affiche au temps des visages altérés
Elle reprend vie
S’estompe le jour
Le bonheur de la délier
Comme un fraisier abondant
Aux mouroirs ou l’on a plongée
Dans l’abstraction érectile
Des lèvres mordues
Des lèvres qui se mélangent
S’épousant comme des anges
Qui ont tant de chose à se dire
Quelques pis allers quotidiens
Quelques fourvoiements
ferment ses vestiaires ses croix dues
Je crois que l’homme est fiévreux encore
Il croit toujours à ma lèvre défiante
Mais je ne le ranime plus
Même après la nuit
Je vais me taire
C’est là
Ça gèle
quelques caps de recherches incongrues et si vaines
et si loin poussées qui pousseront encore si loin encore
jusqu’au mystère
jusqu’à la débâcle devant les éléments
jusqu’à la richesse
jusqu’à la fin des mots
***
mères océaniques
mères océaniques et leurs petits rêves malingres
nous installent
parmi violes et violons
dans un monde
que nous ne formons pas
qui nous a tant entourés
dans les chaleurs naissantes
du corps
Caféine
Pain
Tartines
Vie dressée
Bien faite
L’enfance aux fusions heureuses
S’éloigne aux vains souvenirs
Mères océaniques qui ont vu naitre
Et nous ont protégés
Puis lâchés dans le flux
Seuls leurs yeux nous relèvent
le cœur en berne
les cils froncés et les haines
De ne plus être au ventre
les yeux grimpés là-haut
Ecorchés dans le jour
les yeux agrippés au ciel
Qui nous mélange
ou nous devons fusionner
Coiffés de ces fils qui vont leurs parchemins
Ou nous voulons les rejoindre
Comme ces désirs qui nous hachent nuques penchées dans l’écritoire
Ces désirs qui arrachent le temps
Qu’il faut pour se séparer d’elles
Des écorchures de la mort vidée violée plaintive
Où le sexe est une pénombre blanche
Une lune ouverte
un parchemin qui saigne
et qui offre la vie
et nous berce d’indulgence
et de férocité
mais le cœur égotiste fait son chemin
L’essor malade des voies distillées
Va de cap en cap
Et jamais ne s’arrête
Des caps joués cruels
Fusionnant avec le temps
Et ses élans frénétiques
Des études bien blanches du sommeil
Des vides et des vies
des miroirs suicidés
des regards faciles
ne nous laissent plus à aucun réconfort
il faut être un peu mort pour trouver la paix
DELPHINE GEST