J’aime la pluie qui attouche ton dos
Ton ombre traverse l’eau
Je m’imagine un poisson
Qui rêve de traverser l’océan
Pour te rejoindre
Ma douleur est un fleuve qui fait le parcours
Et sur ses deux rives il y a des jours de misère
Sans parfum
Le pays nous a fait exiler
Il nous a jetés
Comme une pierre dans un océan
Les lettres ne lui parviennent pas
Ni les soupirs
Nous avons franchi les frontières de la peur ,
Et les fils électriques coupés
Sont comme un corps sans vie
Un corps que la vie n’a jamais animé
Comme la folie d’une femme
Nous avons chanté les hymnes
Fait les invocations
La porte est fermée , a dit le conte
La porte est ouverte , a dit la fin
Et je me suis égarée entre deux portes
Telle une étoile qui n’éclaire la terre
Ni n’allume le ciel
***
Le linceul de la douleur
De la soie de mon pays
Je tisse les linceuls
Al Moutanabbi* déclame ces vers :
Ö femme ! Qui a cousu pour toi cette époque ?
De quel parfum sélectionnes-tu les mots ?
Tu dis ce que ne dit nulle femme
C’est comme si tu n’es pas
De la terre de l’Euphrate
De la soie de mon pays
Je tisse les linceuls
Al Moutanabbi déclame ces vers :
Ö femme de cette époque !
Comment t’offrirai-je dorénavant le poème ?
Tu traverseras mes mesures métriques
Tu déclameras :
Ö Syrien enveloppé dans le linceul de la douleur
Dieu coudra pour toi l’habit du chagrin
Monte vers lui
Il comprendra peut-être
Le sens de cette douleur
*Al Moutanabbi : l’un des plus grands poètes arabes de tous les temps mort en 965 après J.-C.
***
J’ai le plus beau des noms : FRAT*
J’ai le plus beau des noms
FURAT ESBIR
Poétesse Syrienne installée en Nouvelle-Zélande.
NB : Poèmes choisis et traduits de l'arabe par Mohamed Salah ben Amor
( critique universitaire et traducteur tunisien )
FRAT* : c’est l’Euphrate le grand fleuve d’Irak dont la poétesse porte le nom et qui est prononcé Frat en arabe dialectal dans certains pays orientaux ..