Poème à Dieu
j’ai appris aujourd’hui
au détour d’une rue
ma fin prochaine
et n’ai jamais cru en toi !
Mon Dieu !
Je n’ai jamais cherché
dans les sillons noueux
du visage de grand-mère,
le chemin qui menait
du sourire aux yeux,
Mon Dieu.
Et la larme
qui se formait en lui,
descendant le chemin des âges
dans mon coeur ta présence
ne s’y formait pas.
Mes larmes
étaient juste
celles versées en Octobre
sur les feuilles mortes
que les balayeurs rassemblent,
Emportant avec eux,
dans la benne,
le roman de l’été.
Mon Dieu,
Si j’avais pu comprendre
un peu moins du monde
et un peu plus de toi,
à coup sûr,
je t’aurais aimé.
Mais à présent,
il se fait bien tard,
oui, le vent se lève,
il fait plier
le roseau
qui n’a plus rien
à penser
à part toi.
Ainsi, redevenir
petit morceau de glaise,
dans le ventre de l’univers,
Fin, prêt,
à être réformé.
****
Paris-Deauville
sur son propre parvis,
Notre-Dame,
plus grise que la Seine.
Prendre le premier train.
Puis là bas,
les poches mendiantes de sable,
voir collée à la jetée l’enseigne:
Villa fantasma.
Mais à travers
le baiser-nicotine,
la fumée devient givre
et s’élance dans la nuit,
happée par les draps obscurs
du silence.
Aperçues au loin,
pendant qu’à tour de rôle
nos âmes vacillaient,
Maquillées de brume,
les lumières insolentes
du Casino.
****
Amours
toute la joie du monde
avait sourdement détalé,
Voyant affleurer
l’ombre
des lampadaires engourdis
Par un jour
de sommeil.
En une rue, ma vie,
a grelotté dans ma poitrine,
Elle que j’avais rendue
si longtemps,
la captive de mon poing …
… Il est vrai,
il y a bien longtemps,
j’ai connu des hommes et des femmes
qui dansaient dans les poussières
Aux déserts, nus, auréolés d’or
et de perdition.
Dans le véritable Temps,
dans le véritable Lieu,
J’ai bu aux lèvres
d’un délicieux poison.
Tous autour de moi,
dansaient et riaient
Et encore aujourd’hui,
je les vois qui font rougir
Les Bacchantes.
Il faut dire,
que ce Temps est un temps,
mes amis,
qui nous échappe.
L’instant là-bas
y est plus précieux
que la plus longue
et la plus besogneuse des vies,
La seconde y prend l’allure
d’un battement d’aile
qui naît feu d’artifice dans la terre
mais éclate dans les cieux.
Un regard vous foudroie
pour une éternité,
Un seul baiser peut vous rendre fou
pour une vie entière,
Là-bas, on ne s’autorise à parler
qu’à la nuit tombée
et l’on prête uniquement serment
sur la lune.
Le mensonge y est la monnaie
la plus courante,
Toutes les passions plurielles
ramènent au Singulier,
L’Amour y vomit l’habitude.
Là-bas, les mariages
sont consacrés
au sommet d’une tour,
Et personne ne se cache
qu’elle est tour de Babel.
HÉLÈNE RÉVAY
Elle se présente :
Je suis née en 1987. Je viens d’achever mes études de philosophie et de lettres. Mon mémoire, dirigé par Laurent Zimmermann portait sur la poésie de Samuel Beckett.
J’ai été publiée dans plusieurs revues telles “Francopolis”, “Neiges”, “Comme en poésie” et “Le capital des mots”.
Je travaille actuellement à l’écriture d’une pièce de théâtre.