Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS- OSLO DEAUVILLE

Publié par ERIC DUBOIS sur 17 Février 2012, 11:20am

Catégories : #poèmes

SUPER NOVA


1.
Du plomb pour sceller
les immeubles totems
et quelques offrandes
aux pieds des gardiens
n'empêcheront pas
les morts d'arpenter
nos chemins
pour comptabiliser
les craquelures
sur les façades

une marche de biais
sur l’asphalte
le pas synchrone
pour un regroupement au son vespéral
des cloches
annonciatrices d'une reconstruction
au marteau et au burin

le bois ceinture
une écharpe
sans la douceur du cachemire
coffre nos renoncements

pour l'instant
je lève la main
pour rien
pas de questions
embrassons-nous
simplement
loin du protocole

2.
dans les yeux
des cathédrales en papier mâché
déclinent
des dieux peignent un royaume lointain
un centaure dressé pour voyager
attend près des tournesols.
Une contraction
dans le thorax
aspire les éléments
nous sommes témoins
malgré nous
d'un mécanisme insondable
dans les yeux
une convulsion
prend source dans le thorax
un centaure attend
les tournesols déclinent
sur-le-champ
les soubassements lâchent
la déflagration
libère les éléments
un royaume
en papier mâché
libère les dieux
va-nu-pieds
dans toutes les sphères
nous sommes témoins
la convulsion
dans toutes les sphères
les cathédrales déclinent
mais personne ne voit
la déflagration
dans les yeux blancs
hors de nos visions
la fièvre nacrée

3.

loin du protocole
près des immeubles totems
le son vespéral des cloches.

 

***

C'est drôle.

ne pas exprimer sa musique
nous soumet à celles des autres
les sons s'acharnent dans l'ouverture
un sadisme en multiplex
qu'on laisse aux gens énergiques
une rengaine à coups de corne
quelle que soit la force
à même le sol
le silex cisaille les pieds
c'est drôle
la pointe donne
elle offre une crevasse qui s'étend
nous sommes là
tout au bord
on se rapproche
on veut toucher
mieux se voir
en traçant les contours en gras
les joues trouées
on voit nos dents
ça nous fait rire
la faim nous tient debout
mange, mange le souvenir
quand on se gargarisait d'être
sans brassard pour se distinguer
c'est inscrit quelque part
sur des carnets
quand on voyageait
sur la route du Cortex au Cosmos
mais à chaque bouchée
c'est trop nerveux
manque de cuisse
le contenu se dérobe
j'ai failli m'étouffer
c'était quoi déjà?
nous n'irons pas plus loin
dites au chef que
ça nous fait rire
j'ai perdu l'appétit
fin de l'extase
j'ai mal aux tympans
la fugue s'achève
à l'horizontale
sans artifices
la face incandescente
je saigne des oreilles
ça nous fait rire

 

***

Résolutions


Quand la torpeur des rois
nous laisse orphelins
sans mode opératoire
quand les mondes se taisent
lassés de nos vanités
fracture l'espace
à l'instinct
et force les volontés
molles
à se déplacer
en dépit du sens
quand les mondes s'achèvent
dans une trajectoire cavalière
fracture l'espace
sans glaive
fends l'air
jusqu'à l'usure
déconstruis
et jette aux loups
les chairs
avec bienveillance
dispensé de toute explication
demeure impermanent
en dépit du sens
couvert de cuivre
d'argent
pour tromper le ciel
jusqu'à l'usure

 

***

Vents magnétiques

les vents magnétiques emportent les appels égarés sur les terrains vagues dans des caisses oblongues un peu de sueur de la mitraille en paillette tout en haut sur la crête miroitent les fronts perlés de plomb la limaille ensemence les versants égouts compris et ce jusqu'aux derniers jours les pieds dans des bassines de fuel encore chaud le rêve parfait rongé par la sueur attiré tout en haut sur la crête les vents magnétiques sèment la limaille sur les terrains vagues dans les égouts décorés strass paillettes et des bassines comme refuge caisses oblongues comprises rêve de fuel de sueur encore chaude de caisses oblongues rongées par le plomb et ce jusqu'aux derniers jours la mitraille sur les terrains vagues miroitent les fronts perlés de sueur les pieds dans des caisses oblongues rongées par le rêve parfait.

 

***

Dérive (4)

les volets se ferment pour contenir le harcèlement des piquets martelés jusqu'à tendre les peaux des chevaux fusillés dans l'enclos autour des chardons les rictus violacés et les balles perdues polissent les cuirasses trempées d'écumes des morceaux d’existences distraitement empilés filtrent la lumière je fais des moulages de ces rayons délicats sertis d'émeraudes vases soliflores verdoyants jalousement conservés sur étagère entre les albums photos il y a toujours une place pour moi et personne d'autre à l'intérieur pour moi les morceaux sans ecchymoses l'os et la carne pour les chiens de passage autour des chardons il y a toujours une place pour les gueules affamées d'autres empreintes un lien au-delà

 

***

Comme une passerelle

Je n'arrive pas à dire
à dire je
n'y arrive pas
je m'éveille
et je ne peux dire
plus aveuglant
sans paupière
je n'y arrive pas
je cherche
à dire
dans le cratère de ma langue
je m'éveille
sans paupière
avec une belle chemise
des poissons morts
dans le revers du col
je vois la passerelle
à dire
au dessus
du fleuve
aux poissons morts
je ne peux dire
arc-bouté
comme une passerelle
ardente
dans le cratère de ma langue
la force
contrainte à
donner des miettes
aux poissons morts
au dessus
du fleuve indomptable
je ne peux dire
la peau cautérisée
je n'arrive pas à dire
la force ardente

 

***

Sur l'ardoise

J'ai laissé
des marques à la craie
sans cesse prononcées
une voix calcaire sur l'ardoise
dans le prolongement du sabre
à tailler les trottoirs en perspectives crues
la voix
pour envelopper nos gorges ouvertes
les contenir
surplomb des caniveaux
en négatif
l'inverse des étoiles
sur les figures des marques
pour les fauves
les vautours
l'animal entre les côtes
j'ai laissé une voix crue
jaillir
visible encore sur l'ardoise
après les pluies
des figures luisent en plein jour
sans cesse en surplomb
des marques prononcées






OSLO DEAUVILLE



 

Oslo Deauville, autodidacte et instinctif, en quête de chants lointains, de rythmes pour dire, chanter et frapper l'ici, le maintenant, rien qu'avec sa langue.
 

Partage ses textes sur le web (ses blogs: Zoorama+ et Le Minotaure est fait de chair), édité en ligne dans les revues "Ecrit..vains?" et "Le Capital des mots" d'Eric Dubois, a participé à un recueil Québécois du "Groupe Poésie Combattante" sur le thème des Arts Poétiques, a été publié dans les revues A-verse et Traction-Brabant

 

 


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents