Ma Structure
La structure que je veux dans le sens objet dans l’espace qui donne l’idée
D’un ensemble cohérent n’a aucun sens justement ici je joins le problème…
La structure me tient nous soutient notre structure nous l’avons en nous
Je l’ai vous l’avez en vous la vivez comme l’ossature d’un monument sur
Le point de s’écrouler sur les bases qui font et qui portent le poids l’air
L’eau l’œil la main le sexe l’envie le centre qui décentre l’axe de l’arche
Des piliers - bref cet édifice de chair nous porte à croire que cela tient tout
***
CREUSER
Ce n’est qu’une forte pluie
Passagère
Un coup de sang inapproprié
Du printemps
La moquerie d’un vent farceur
Secouant les miches d’arbres
Postés là sur la margelle
De l’aube
A flanc de précipice de nuits
Fauves
Et toi tu tremble comme
Un tas de papier froissé
Jeté dans la poubelle
De l’oubli
Et que j’essaye malgré
Tout
De sauver du feu
Des flammes
Et des cendres froides
De l’ennui
Extraits de "Homériques"
***
CREUSER
( Extrait )
1)
S’imaginer parfois
Quand la bouche
N’a pas d’issue
Ni d’écho valide et
Ne peut pas sortir
Un mot en plus
De ce qui a été
Enoncé en aval
De la parole
Quand bien même
Le souffle aurait
Une présence
Un esprit
Un caillé d’ombres
Mais qu’est-ce que
La taille philosophique
D’une révolte sans thème
Quand il faudra mettre
Noir sur blanc à nu
Le vide
Juste pour que la mémoire
Fasse du deuil et de la synthèse
Une idée
Ou même
L’ode première
Tout poème converge
En dernier ressort
Dans le laminoir du temps
Parce que quand on se met
A penser
Tout recommence à filtrer
Dans le tamis
Du début de la fin et
Si on voit quelque chose
C’est un paysage
De derrière la
Chair
Que l’on s’imagine
Perdurer dans
L’espace
Du devant de
La mort
Avant ou après
Que les mots enfin tracés
Ne suffisent plus
Par manque de justesse
Et que l’orthographe résume
La trajectoire à suivre
La main ayant ses raisons
Pour jouer
Elle joue
Hors du contexte
Et que
La confusion s’ajoute
A l’inexplicable absurde
Soudoyant le raisonnable
Et le conflictuel… bref
Mais
La tête est faite ainsi
De présences connues et
De fantômes illégitimes
Voulant sortir de la vase
Ou de l’ornière basse
Lumineux
Dans l’espace
Et à travers nos signes
Cabalistiques nous donner
Le change et pourquoi pas
Byzance en celui qui pense
Résister à l’usure physique
Certes…
Du commencement
Et de la démesure
C'est-à-dire…
Parler à voix haute
En lieu et place
De la raison pure
Comment vous dire…
Sortir avant d’être le pensable
D’être une vraie cervelle car cela
N’est pas sûr qu’il soit pensé
Une tête bien pensante pose
La question qui fâche et
La caboche traduit uniquement
La réponse adéquate sauf
S’il est nécessaire ou
D’en éluder un destinataire
Désigné à son corps défendant
Mais avant tout il est
Question de penser à un
Objet qui fasse l’affaire
Sous une forme qui
Aboutisse aux rouages
De l’image déferlante
Un texte échoué à
L’envie
Comme au désir
De traduire par la langue
Interposée
L’excitation sans pixellisation
Sexuelle
Somme toute
En quoi consisterait
Aller au-delà de soi
Plus qu’il n’a été donné de le faire
Dans ce peu-à-peu improbable
Depuis que le monde se fige
Est un monde plausible
On voudrait s’émanciper
De l’impensable
L’ensabler
Dire et redire le possible
Tant pis…
La mort use
Le corps s’y refuse
Un même mot échoue et
Tangue en balise froide
S’il en est
De l’endroit et de
L’envers de la page
Du chapitre à écrire
Sans versification et
Qu’il soit perceptible
Au grand nombre
Mais les choses tournent
Dans le sens inverse
D’une aiguille folle dingue
De la montre génétique
Cette fois la langue berce
Et fourche au-dedans
Se décompose en parcelles
Psychologiques
Dans la nasse
L’individu fraie
L’individu secrète…
L’individu cherche la fente
L’auvent du mot infalsifiable
La meurtrière physique
D’une vie amère…
Tandis que le poète
Tronçonne
Débroussaille
En bon samaritain qu’il est
Mimant
Dans l’obscurité
Scarifiant quelques fétuques
D’ombres et onirismes en
Substrats d’ossements chers
Mais là n’est pas la question
Quand il le dit…
C’est qu’il est en bout de
Course prêt à lâcher prise
Sinon l’eau de ses doigts
Lui briserait
L’angle des sens
Les malaxant de ses
Mimines mousseuses
Ainsi le monde s’effondrerait
L’espoir suivrait le flux
D’un pas calculé
En désespoir
Donc il se replie
Dans le miroir
D’un frère
D’un corps
Quelconque
Et se plie au diktat
De mémorisation et
D’études sans fonds
Réels
Pour en retenir au final
Qu’il faudra oublier
Le tout pour-un-tout
Par principe ou précaution
Ce poème banal et traître
Qui fait de nos vœux pieux
L’Hydre dit contresens…
Quoi qu’il fasse il doit tenir
La dragée haute au récit
A sa forme intrinsèque
A présent
Sa bouche tourne au
Chrysanthème avec sa pierre
Tombale
Raclant les orbites creuses
Celles d’un mourant à peine
Rétabli dans sa mort verbale
Il en est presque irrévérencieux
Avant qu’il ait prononcé un
Traître mot
Alors il se faufile
Trépigne
Que dis-je
Se désagrège
Seul-à-seul
Et au bout du compte
Il ne touche des yeux que
La courbe des maisons
Des visages à creuser
Un raisonnement à naître
Là
A même l’étui de sa terre
Ensuite
Il passe la main
Et les nuits s’amoncellent
Derrière l’os du sens
Il voudrait
Mais n’ose pas avancer
Il le voit
Le ressent
Que sa mémoire
Est devenue une muraille
Croulante
Dans son mensonge de vivre
Et qu’il s’empresse de reconstruire
Dare-dare à
L’identique rien que
Pour rien…
Et le rien le satisfait
Depuis
Jusqu’à l’ivresse
Le dépouillant
D’un silence monumental
Et si beau…
On a donc parlé
Une bonne fois pour toutes
A sa place…
Le roulis des songes
L’agitation du sexe
Le roulement de l’ennui
Vont trop loin
Pour lui
Il se tait maintenant
Et tout ce silence
Est raisonné mais
Trop fortement
Sans lui…
PIERRE SCANZANO
Il se présente :
Né en 1952 en Italie, études primaires et secondaires.
En France depuis 1973. Etudes à la Faculté de Censier.
Exposant aux Salon d’Automne et aux Indépendants, au Grand Palais de Paris.
Ainsi que dans tous les lieux possibles et imaginables…
Publie quelques poèmes en revue papier : Décharge, La Page Blanche, Poésie sur Seine.
Aussi sur les revues du Net, comme : Levure Littéraire, Paysages Ecrits, Welovewords.
Depuis que je me souvienne, j’ai écrit ! Puis, stoppé d’écrire : il fallait vivre, se faire une place dans la mouise, le désordre des sentiments… la vie quoi !
Maintenant écrire, c’est l’urgence, le besoin viscéral. Je n’ai jamais publié un livre ; par manque de temps, manque d’ambition, et par modestie ! Il fallait écrire et reproduire le vécu intérieur ; le mâchouiller, le rendre comestible sur papier. Car, ce n’est pas le poème qu’il faut définir, mais, le poète qui l’écrit.