Partir
J'ai vu des hommes se retourner pour regarder
A l'heure du départ les rayons du soleil
Se déverser sur les écoutilles de la ville
La nuit voleter sur les genoux des jardins fermés
Je les ai vu s'agenouiller sur le parapet des mers
Pour écouter le train des vagues arrivant de nulle part
Je les ai vu se tendre vers la lune pour interroger les étoiles
Sur le destin de l'Homme et celui écrit dans les lignes de leurs mains
J'ai vu se dresser leurs souvenirs
Faisant de leur corps un barrage
Je les ai vu tenter de revenir pour arracher au sort
Cet autre eux- même jeté dans le bec vorace du monde
Un matin ou le printemps frissonnait encore
Entre les jupes des femmes
J'ai vu leur ombre altière et noble
Se dresser au- dessus de l'embouchure des rivières
A l'endroit où l'eau croupie et le spectre continu de la lumière
Prennent leur source
Et moi je partirai dans les vallées sombres de l'esprit
Où le moindre souffle est le vent qui s'engouffre
Je partirai vers la mer et ses sillons de lune
Apprêtés pour célébrer l'union du poisson et de l'oiseau
Je partirai vers Eden ma volonté débusquée
Par le loup blanc des plaines argent
Je tirerai ma révérence entre les voiles noires du deuil
Et les rayons coulés de l'anabiose
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J'habite un pays
J'habite un pays où l'on est tenu en éveil
par la plainte de prisonniers
qui voudraient étreindre les déserts façonnés par le vent,
qui parlent avec des mots de bruyère à la lune.
J'habite un pays où l'on attend de dépasser
la ceinture du soleil, les dormeuses des faubourgs
pour jeter des brassées d'étoiles dans la dernière cuvée du ciel,
planter des ormes dans les après- midi de mai.
J'habite un pays où l'âme craintive se protège
de l'obscurité planant comme un oiseau
tenant dans la corne de son bec la foudre et l'orage,
qui pense «un jour...»;
mais que le jour est loin sous le clapotement de la pluie
et le huit clos de septembre.
SANDRA LILLO
Elle se présente :
Partie de ce constat que je ne pouvais pas passer ma vie à lire, je me suis mise à écrire et ai vite constaté que l'écriture d'un roman ne faisait pas, loin de là, partie de mes talents. Peut être que je n'ai aucun talent pour écrire de la poésie mais ça n'a pas d'importance car j' en suis amoureuse et comme toutes les amoureuses je veux vivre avec elle, continuer de me lever le matin en pensant à elle et tant pis si elle ne plaît qu' à moi, si je suis seule à arpenter ses sentiers car quelle amoureuse n'a pas laissé un peu d' elle- même ou de ses rêves de gloire quelque part?
