ETEINS LE SILENCE
( extraits)
Après moi
Oubliez mes bavardages, mes explications tordues
et mes contradictions logiques.
Oubliez les fleuves de mes mots fous.
Ne vous souvenez pas de moi comme d’une bavarde.
Rappelez-vous ici ou là quelques-uns de mes silences.
Moi, vous avez le droit de m’effacer.
N’effacez pas mes silences.
***
Entre vivre et mourir
j'ai choisi écrire
suis née un 10/09
en ex Yougoslavie
l'année j'ai oubliée
vis et écris en France
écris et pense en français
depuis peu, j’entreprends en serbe
aujourd'hui, j'écris et pense en deux langues
Eteins le silencE
premier livre
avec lequel j'aimerais dire
que l'amour est musique
que tout est possible
amour est mon mot
que tout s'entend
que j'aime
que j'ai
aimé
il suffit d'un petit siècle
à l'homme pour être un homme
je rêverais d’en avoir deux ou trois
pour écrire encore et encore
des silences sur le silence
dans celui-ci je ne brille
peut-être pas
***
Jette les disquettes
Pour mourir, t'as besoin de rien,
de tes disquettes encore moins.
Pour mourir, t'as besoin de rien,
sois-en certain.
Tu peux partir les mains dans les poches,
Ça n’en mène pas large, mais t'emmène loin,
tu laisses toutes tes valoches en bas.
pour mourir t'as besoin vraiment de rien.
Juste de toi...et de ta foi...
Jette tes disquettes, elles ne valent plus rien.
***
comment
ne pas penser à toi?
premièrement, je le veux bien
deuxièmement, ça ne fait de mal à personne
troisièmement, je pense que ça te fait plaisir
quatrième ment, tu fais partie de mon univers
cinquième ment, voudrais-tu le contraire?
sixième ment, y a pas!
septième ment
non plus
de huit, de neuf
dix, onze, douze
et de treize
le voudrais-je
ne pas penser
à toi
c'est impossible!
tu es en moi
tel un champignon tu pousses et tu prends toute la place
de la tête aux pieds, des pieds à la tête
dis, t'es p’tit malin quand même!
***
la peur
tu ne sais pas d' où
délicatement
lentement
elle vient
elle arrive à point
toujours à l’heure
seule parfois
sans bruit
ne dit rien
ne s'annonce pas
elle te frôle
te caresse
tu l’entends
tu l'écoutes
elle s’assied à coté de toi
son vide se répand
s’allonge
t’enlace
te saisit
s’installe
te pénètre
te traverse
tu trembles
tu pleures
elle est en toi
la peur
ponctuelle et cruelle
la peur toujours à l'heure
***
entre
vivre et mourir
j'ai choisi écrire
suis née un 10/09
en ex Yougoslavie
l'année j'ai oubliée
vis et écris en France
écris et pense en français
depuis peu, j’entreprends en serbe
aujourd'hui, j'écris et pense en deux langues
Eteins le silencE
premier livre
avec lequel j'aimerai dire
que l'amour est musique
que tout est possible
amour est mon mot
que tout s'entend
que j'aime
que j'ai
aimé
il suffit d'un petit siècle
à l'homme pour être un homme
je rêverais en avoir deux ou trois
pour écrire encore et encore
des silences sur l e silence
dans celui ci je ne brille
peut-être pas
***
dîner magique
laisse la porte entr’ouverte
invite le bonheur à dîner
largue les tracas
au menu ; baisers
un ou deux, à la place des œufs
dans la salade, n’ajoute rien
tu peux ,mais juste un peu
une lueur en poudre de douceur
et sois rieur
à volonté les câlins
de l’esprit sans mesure
le courage dans les poivrons
ne te pose pas trop de questions
une bouteille de vin joyeux
quelques grains de compréhension
une cuillerée de liberté
jalousie à éviter
les bougies allumées
sur la table les roses
le reste, laisse ton cœur faire les doses
à la fin du dîner, un café serré-sucré
rajoute un nuage de magie
n’oublie pas l’eau de vie
si le bonheur ne vient pas dîner avec toi
vers l'aube, je viendrai moi
***
silence
quand tu entendras
le bruit fruit qui mûrit
le bruit du pollen qui nourrit
le bruit de l’herbe qui pousse
le bruit de la feuille et du grain de poussière
le bruit du rêve de pierre
quand tu entendras
le bruit d’une goutte de pluie
qui s’écrase et qui dit
je suis mouillée
j’ai froid
sous la pluie
mais je suis la pluie
quand tu entendras ton corps
quand tu entendras ton sang
quand tu entendras tes larmes
quand tu entendras tes cheveux
qui virent au gris
quand tu entendras
le bruit des ombres lasses
tu entendras enfin
je serai là
parce que
je t’aime
je suis le silence
je me suis dévêtu
nu
pour toi
tu m’auras recueilli
tu m’auras écrit
ZORICA SENTIC
Traduit du Serbo-Croate par Maggy de Coster
Zorica Sentic. Poétesse décédée en 2014.
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