J'ai besoin d'eau
Les cœurs aussi secs que des pommes de pin
Les visages de verre, si fragiles qu’ils explosent
Les larmes rondes et durcies du poème
Les cordes de violoncelle dans la gorge, râpeuses
Les pièces intérieures, rugueuses, qu’on ne visite jamais
Les tatamis, rêches, sous les pieds
J’ai besoin d’eau.
Nous avons tous besoin d'eau.
Arrose-moi.
Arrose-nous, à la racine.
J'ai les longs claviers brûlés jusqu'aux pointes
Tu dis qu'ils sentent bon, avec leur odeur de soleil
Je trouve qu'ils sonnent faux
L'amour a défait devant moi ses vieux cheveux
Et j'ai eu peur.
Nuage, et nuage, et puis ciel
Inspirer, inspirer et puis mourir
Nue sous la lumière éparpillée des pleurs
Je te dis : dormons en étoile
En une étoile étroite et repliée
Lovons-nous, encore une fois, dans notre nid de cendres.
***
Le soleil est debout
J'attends derrière l'écran brillant du jour
La fenêtre ouverte à l'espagnolette
Le chapeau melon rouge accroché en haut du dos
La vie ramassée petit carnet
Sur le sable une ribambelle de verres vides
Poète
Voyageur à la verticale
Nous
Une fois, on s'est endormis debout l'un contre l'autre
C'était dehors dans la nuit
Pour retrouver ta main j'en tiens une autre
Comment faire ?
Le soleil est debout
Que dire encore ?
Courir encore ?
Entre ouvertures et précipices ?
Flaque
Terre
Flaque
Terre
Une enfant fait se rejoindre ses doigts. Le pouce avec le pouce. L'index avec l'index. Le majeur le majeur. L'annulaire l'annulaire. Le petit doigt le petit doigt. Il en manque un. Et s'émerveille de la correspondance.
Quand tu arrives, si tu arrives, fais-moi un cygne en papier
J'irais dans les blés jusqu'au cou sauter très haut pour l'embrasser
Le déplier (blanc)
Lui écrire mon secret (majestueux) sous l'aile
Le recomposer (blanc)
Repropulser (rouge)
***
Venir de l'Autre
Venir de l'Autre
Habiter l'Autre
Aller : vers l'Autre
Se rendre compte que l'Autre, c'est ici.
Dans les rues mouillées de soleil et les sourires trempés, dans les regards froids et sucrés, dans les chaussures qui ont pris l'eau, les reflets.
Je viens de l'ailleurs, comme une plante en pot aux racines à l'air.
Je suis à côté, derrière, je passe au-delà, et en-deçà, et je saute parfois, pieds joints, en plein dedans. C'est là que tu me retrouves.
Il y a ce monde caché que l'on tait, que je passe mon temps à convoquer. Restaurer. Faire remonter de l'effondrement du soleil.
Mais il faut que toi aussi, tu viennes un peu de l'Autre.
Sinon il n'y a rien à faire.
J'attends les prodiges, je suis une spécialiste.
Viens t'assoir avec moi devant le gouffre divin.
CÉLINE ESCOUTELOUP
Elle se présente :
Céline Escouteloup a publié deux recueils de poésie à ce jour : Le soleil dans la bouche, qui vient de paraître aux éditions Unicité, ainsi que Le ventre vide, aux éditions Kirographaires, en 2012. Elle publie également dans de nombreuses revues telles que Verso, Les Cahiers du Sens, Décharge, Libelle, Flammes Vives, Contre Jour, Poésie/Première et Les Écrits du Nord. Ses projets actuels se dirigent de plus en plus vers des collaborations, dans lesquelles ses mots dialoguent avec les autres arts.
