Dissonance
Tels des pensées tues
Les mots tout droits sortis de mon cœur
S’évaporent un à un devant mes éternelles afflictions.
S'il m'avait proposé une escapade,
Là-bas,
Dans ces espaces oniriques
Je n'aurais su que répondre
Tant mes envies débordantes ne cessent de m'enfermer dans un mutisme accrocheur.
A présent,
Je nage dans une mer de doutes tournants
Et,
Dépourvue de toute ambition maladive,
Je divague lentement
Comme cette femme refusant toute forme de félicité.
Tels des rêves éteints
Les mots que je tairai à jamais
Iront droit vers ce qui aurait dû être notre demeure.
***
Point de chute
De mes rêves mi-clos,
Comme des victoires des autres,
Fleurissent des leurres
Et des dégradés de peurs
Qui s’apparentent à des fardeaux
Mais qui en réalité, revigorent une partie de mon être,
Celle qui s’est éteinte dès l’appel assourdissant du temps.
Me souvenir des voix qui s’élevaient dans ma vie d’hier
Me mêle à l’air de langueur et aux rires hachés des passants ;
Et quelque part derrière les demeures des âmes esseulées
Se trouve une réserve inépuisable de prières
Qui sollicitées par mes sens poursuivent leur envolée.
De mes rêves mi-clos
Comme de mes périples diurnes
Émergent des passions timorées
Qui, malgré elles, trépignent de curiosité.
Repêcher les projets tombés à l’eau
Pour se réconcilier avec le temps d’humeur taciturne.
Demain sera plus clément,
Nul besoin d’arborer un comportement alarmant.
Si l’air de la maison est invivable,
Celui des steppes verdoyantes des régions isolées
Pourrait être un refuge,
Une sorte de havre témoin des multitudes de vies qui s’y jouent ;
Des gens du monde qui pour éviter les heurts ont le respect comme subterfuge.
Ils couvent leurs rêves, ils alimentent leur âme tant que la vie demeure debout.
***
Les mains vides
À toi, maman. Femme de nos vies.
Je suis venue au monde les mains vides
Prête à me faire dorloter par la femme de ma vie
Mon pavillon fleurissait d’objets bizarroïdes
Qui tantôt m’effrayaient tantôt me ravissaient. Je me savais déjà à l’abri.
Dans ses bras, je découvrais le monde des grands
Je m’habituais à ma condition de nouveau-née
Bordée par des chants qui m’étaient fredonnés
À longueur de journée. Inlassablement.
Je suis venue au monde le cœur léger
Loin de mes futures tracasseries
Qui ont fait de mes rêves des schémas abrégés
Me laissant désemparée dans une marée d’apories.
J’aurais tant voulu continuer à semer des grains de plénitude au nom de la Belle
Pour lui signifier ma reconnaissance éternelle
L’emmener dans des endroits paisibles où notre lien aurait été consolidé
Me laisser incessamment guider par son regard
Pour rasséréner mes yeux abîmés
Par mes escapades nocturnes vers le haut.
Pour ce qui est de l’aimer, je n’ai accusé aucun retard
Depuis mon dernier réveil, mon souffle nouveau m’a envoyé un soubresaut
Qui s’apparente à une acceptation de l’indicible
Et à un salut sacré à mon héroïne, l’impassible.
Je suis venue au monde les mains vides
Prête à vivre une histoire avec la femme de ma vie
Notre demeure était tuilée de tendresse limpide.
Au fil du temps et de ses mouvements infinis
Notre vision de l’avenir avait adopté les teintes de l’espérance.
Nous nous perdions rarement dans des moments d’absence
Nous avions mieux à faire. Nous avions des jours à célébrer.
Nos cœurs devaient sans plus attendre être désencombrés.
KADESSA SANE
Elle se présente :
Je m’appelle Kadessa SANE. Je suis actuellement doctorante/chercheure à l’Université Paris-Est. Mon champ d’étude est la sociologie et je travaille actuellement sur la question des enfants de la rue dans la ville de Dakar au Sénégal. En dehors de mon travail de recherche, j’ai tendance à consacrer des heures à mon inclination pour la poésie. J’écris depuis l’âge de 12 ans en français comme en anglais. Mes thèmes de prédilection sont la solitude, la conscience de soi, l’amour non-partagé, l’absence, le silence ou encore la tortuosité des sentiments humains.
