Une petite boule blanche
assise près du bateau
une vieille s'en allait déjà vers l'autre monde
nous parlant très lentement
des noires poupées de son enfance
de soldats battant tambour
d'une petite boule blanche qui rebondissait dans ses rêves
sur le quai
des oiseaux la survolaient comme le cri de mille mouettes
vêtue de ruines et de taches de sang
elle pensait à la guerre
à sa sœur dont le mari était mort lors de la première explosion
et elle pleurait
dans les bras de sa mère
sur les vieux fers du port
les marins la saluaient dans leur langage brumeux
écrasée par les rugissements de l'usine
les coups de sifflet
les coups de fouet
elle terminait son monde
elle était la fille préférée de sa maman
***
Insoumise
Tu as le regard effarouché
D'un pigeon un jour de carnage
Tu es muette
Les paroles timides n'osent pas habiter
Ta bouche
Tu es fière
Comme seuls savent l'être les résistants
Tu portes le visage d'un monde
Le nôtre
Tu sais rire dans la nuit
Avec tes enfants et tes chats
Tu recèles un arc-en-ciel
De désirs éphémères
Tu sais te dérober
Quand l'aurore tarde à poindre
Tu sais rêver
Te battre
Et mourir
***
Je n'ai pas eu une minute de plus
ce matin
il est encore trop tôt
trop nuit
pour t'attendre encore
mon aimée tu t'habilles si lentement
le clocher retentira
à sept heures
pile
comme d'habitude au mauvais moment
je te touche à peine
je parcours ton ventre
tes veines
tes ongles sont peints
la cloche ne me laissera pas une seconde de plus
je te vois
lointaine
comme si tu étais juste de passage
et tu pars
ponctuelle
tes cheveux ne sont pas emmêlés dans mon incendie
je n'ai pas eu une minute de plus
PIERRE MELENDEZ
Il se présente :
