DÉTERRER LA CLARTÉ
Au point de chute aérophane du torrent, dans le creux mouillé de sa main tendue
Rouille
Un éclat de corail arrimé à l'écume sablonneuse d'un entrelacs de dunes,
Squelette exotique ébréché par les fonds écailleux d'un œil de verre aquarium,
Fil animal dénudé à la dérive,
Comme électrocuté par trop de tempêtes exemptes de courants
Et de marées minérales
Faire renaître entre les pierres, dans l'eau limpide
Son regard creux de vague lisse, éteinte sur les fonds bleus
De cette journée de printemps
Le petit gibier de verre arraché à la poutre de la cheminée
Maigre trophée tordu de vacances anciennes
A perdu son sang et son oeil rouge transpire
Sous le tapis chaud
Des coquelicots
Se faufiler derrière les vitres embuées pour y boire à travers
Décrasser la source vive, pluie opaque plombée par le souffle pétrole
De pas d'hommes aux quatre saisons broyées sous les battements d'obscurs métronomes
Cliquetants comme autant de fantômes déglingués et sourds
Une journée
De verre a tenté de réanimer
L'aurore et l'éphémère
Ce soir un trapèze se balance dans les traînées jaunes d'une forêt de lucioles
Semblant porter le deuil.
WILLIAM BRAUMANN
