Villes modernes
villes antiques
la nature truquée
des jardins publics
aux barrières hérissées
devient domestique
La ville est l’habit
des faubourgs chaotiques
et forme le lit
d’un Procuste amnésique
s’adapter ou mourir
il faudra partir
L’homme s’ajoute à l’homme
la maison à la maison
s’additionnent
les unités sans forme
d’agglomérations monotones
et de communautés vaines
La ville gagne
ce qui en tient lieu
Le pré devient
terrain vague
lotissement
bloc d’immeubles
assassins
Les fermes ont disparu
vient le règne
des fermes-usines
et toute la danse
de la mort de la terre
Banlieue,
banlieue sans monuments,
banlieue sans histoire.
Comment dire le Néant
la vacuité
de dispersions de constructions
et de ses toits couverts
d’antennes paraboliques
Comment dire l’étouffement
et le vide de ces vies
des lundis de chômage
des dimanches d’ennui
aux ardeurs suspectes
quand des jeunes jouent
à la poudre blanche et noire
Banlieue de jardins miniatures
Entre barres d’immeubles
Et niches peintes en vert.
Terre dévastée
ferveur d’occupation
de bretelles imposantes
Terre dévastée
vertige d’illusion
de l’individualisme d’ici.
La dernière lumière
s’éteint dans la nuit.
Banlieue, banlieue,
zone des villes,
dans le désert des hommes,
quartiers habités
par une plèbe du monde
immigrés enfants et petits enfants
réfugiés
au lieu du commencement
de ce fruit de liberté
et de vérité perdue.
Nous entrons dans le Centre
invisiblement présent
de l’étendue infinie.
Le long des boulevards extérieurs
pénétrant un infini malade
nous reste le droit de marcher
bizarrement
entre les rugissements des citernes
des terminus de lignes de métro
le vacarme des échangeurs.
Mais sous le bleu du ciel
on se demande
où reste encore
où se cache
le tout petit volume du bruit de la Nature
car l’herbe pousse toujours
dans les cours des hospices
entre les tombes des cimetières
dans tous les lieux communs
là où rit encore la fille
appuyée sur le petit caïd.
Extrait de « Chroniques de l’antépénultième »
NASHTIR TOGITICHI
Il se présente :
Nashtir Togitichi, né en 1959, vit à Paris. Lit et écrit de la poésie pour vivre, un peu comme d’autres feraient de la méditation. Psychologue, militant associatif dans le champ de l’écologie politique, rédacteur pour le journal en ligne lagueuleouverte.info
Publications sur le net : essentiellement dans « Le Capital des mots », mais aussi « Francopolis » et « Recours au poème ». Participation à une scène de Poètes à Paris (« Tremplin des Zarts », avril 2016)
A publié un recueil : Si tout se casse la gueule, précédé de Contraintes du temps, Edilivre, Septembre 2015
Pour bientôt : Chroniques de l’antépénultième
