SKIN DIAMOND
Un poème, c’est ma peau qui brûle, râpée, écorchée, craquelée
Et alors que le sang apparaît un peu,
La rose fleurie et ses dards gouttent à l’ombre du soleil.
Un poème, c’est ce papillon qui caresse la peau de ses ailes mortelles
Avec ce rêve de lumière qui n’en n’est pas un.
Un poème, c’est cette langue de givre à deux heures du matin
Qui se pose sur ma peau et sur la sueur de mon masque hypocrite,
Alors que je veux être seul.
Un poème, c’est cet homme en costume et en larmes qui tient cette lettre collée
A la peau de ses mains noircies par je ne sais quoi.
Un poème, c’est un million de rides sur un visage
Qui porte toutes les vies du monde et qui sourit,
Pendant que les yeux qui l’habitent, brasiers fulgurants,
Mangent la peur de la mort.
Un poème, c’est le cuivre doux qui recouvre l’âme
Qui souvent à le même visage que le corps, oui souvent, souvent.
Un poème, c’est Saint Michel et ses muscles tendus sous sa peau d’or
Qui envoie une partie des anges au diable.
Un poème, c’est ma langue sur la peau de tes seins qui scintille comme un miracle.
Un poème, c’est cet enfant renversé à mes pieds avenue Paul Santy
Et qui explose comme nuage de fleurs féeriques,
En touchant l’asphalte, peau des enfers.
Un poème, c’est ce cireur de chaussures de 10 ans
Flingué par cette vie qui a déjà eu sa peau.
Un poème, c’est ce boxeur affamé payé pour perdre,
Furoncle des limbes de cette société parfaite.
Un poème, c’est cet éclair de soleil qui rejaillit sur cette goutte d’eau
Qui perle sur la peau de tes jambes
Et qui rendrait n’importe quel homme complètement fou.
Un poème, c’est la peau du poète épinglé sur les murs fissurés du monde,
Alors que les chiens aboient et que les rats s’échappent.
Un poème, c’est tout ce que vous voudrez.
***
JOUER AVEC LE FEU
Il me dit qu’il devrait faire un régime,
Qu’il s’en est foutu plein la gueule pendant les fêtes.
Il me dit, aussi, que les tisanes aident pour le transit.
Il prend son verre
Et
S’envoie d’une traite la moitié d’un godet de bière,
Comme ça, cul sec,
Comme s’il avait peur de quelque chose,
Comme si son putain de verre
Allait ramper tout seul vers la sortie
Le privant de son plaisir de ne manquer de rien,
De sa liberté de manger le temps comme bon lui semble.
Il m’accroche le regard avec ses yeux assassins,
Accusateurs et colériques.
Sa tête transpire la haine et il s’en fout.
Les bonnes questions arriveront bien assez tôt,
Quand on sentira qu’il faut apporter les bonnes réponses,
Sans doute.
Mais, ce temps n’est pas encore arrivé pour tout le monde,
Une poignée, peut être,
Je ne suis pas sûr.
« Imer etvas » qu’il me dit.
« Toujours ça de pris » en Allemand.
Je prends mon verre et je fais comme lui.
Je ne suis pas mieux, pas pire.
Quelques fois, le temps passe et ne change rien
Au cours immuable des choses,
Comme ces corps, inertes, sans intérêts, regardant passer le train.
Je saisis mon verre et je laisse le liquide glisser en moi,
Lentement,
Sans savoir quoi dire,
Tout en regardant le comptoir qui brille
Et quelques ombres qui dansent dessus.
Je pense à l’Afrique et aux ventres des lions
Qui se repaissent des victimes
Pendant que la femme et l’enfant fuient
Les rayons du soleil meurtriers,
Juste avant que n’arrive
Le froid glacial
De la Nuit.
© Philippe Azar
PHILIPPE AZAR
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