UN AIR ÉPANOUI
Elles parlent, les feuilles, conversent et chuchotent. Elles scintillent pour le promeneur, jouent avec le soleil, démontrent leur complicité, s’épanchent, font leur numéro de feuilles, feuilles blanches ou quadrillées, vierges, perforées, maculées, simples ou doubles, volantes, cousues, attachées, imprimées, reliées, numérotées, pliées, flottantes ou persistantes, caduques, séchées ou charnues, dentées, croquantes ou découpées, c’est selon...
Fines, pétiolées, nervurées, sagittées, fibreuses, dentelées, cotonneuses, palmées, ridées, jaunies ou orangées, elles rougissent quand la saison le requiert, ou se mêlent aux couleurs de la voisine. Mieux, elles empruntent des teintes vives ou délavées, feuilles de route, de chou, d’or, feuilles d’automne frémissantes et tombant à dessein en rosettes, en éventail, en écaille, en tapis, semant graines, prémices du nouveau plant, promesse d’un lendemain… Y aura-t-il un lendemain ? se demande l’auteur…
Feuilles d’encre qu’on remplit inlassablement, feuilles de présence qu’on signe au quotidien, à l’endroit, à l’envers, au recto ou verso, avant la chute des feuilles, feuilles de salade, de tabac ou blondies par le temps, ouvrages à jamais rangés dans les bibliothèques bien-pensantes, spécialistes des bonnes feuilles, celles-là mêmes qui ornent les branches des arbres non soumis, êtres charnières, ressources infinies…
Arbre, fruit de l’amour du poète, miroir de son âme, arbre majestueux, solide et résistant, témoin de l’existence, marque du temps qui passe, tu es si vénérable et vulnérable à la fois, arbre support des feuilles qui s’impose ou se dégarnit, arbre feuillu, chenu, branchu, touffu, moussu... Arbre nain, résineux, gommeux, fourchu, arbre creux ou qui bourgeonne, reverdit, refleurit, arbre qui se dresse, s’élève, fructifie. Arbre qui porte nos feuilles ou qui croule sous les fruits, arbre qui s'effeuille, fourche et dépérit… Même quand on te désigne mort, coupé, décapité, bridé, arraché, étêté, déraciné, foudroyé, malmené par la tempête, par l’orage, par les hommes, tronçonné, défloré, dépouillé, découronné, tu restes si humble, arbre modèle, idole des versificateurs, sujet des hommes sensibles.
Sous ton ombre, l’aède se délecte, s’abrite, se délasse, il respire, se détend, médite, lit. En sous-bois, il capte ton énergie, ta force bienfaisante, généreuse, insatiable. Arbre de liberté, imposant, mystérieux, bienveillant. Sous toi - le sais-tu ? - l’arbre ne cache pas la forêt, la forêt est le poumon de la terre, comme l’océan, elle nous couvre et nous couve et nous régénère pour qui veut bien regarder, contempler, s’entourer de ses bois, de ses troncs, de sa sève heureuse.
Arbre aux feuilles clinquantes, bruissantes et étincelantes, tu chuchotes dans l’oreille du passant un son intime, une caresse pareille au souffle du vent dictant le cliquetis doux et harmonieux de l’épanouissement. Un présent pour nous tous. Persistance de la mémoire. Passage à l’éternité.
Sur l’écorce de mes arbres bien-aimés - olivier, figuier ou vigne, cèdre, acacia ou myrte, cyprès, orme et buis, chêne, mûrier ou amandier - je grave ton nom. Et greffe à jamais ta vie à la mienne.
***
Un univers clos. Un vent brûlant…
Les flots déchaînés pénètrent le silence blindé. Sans résonance. Nul écho à l’appel de l’oracle. Les visions cauchemardesques enferment l’esprit en miroir. Derrière, une cloison, d’où tout regard est impossible. La traversée est dangereuse, le passage, voué à l’échec, l’espérance, emportée par la folie. C’est journées « portes mortes » en RPDC. La Bouche révèle une liberté improbable. Aucun rai de lumière ne filtre. L’opaque a envahi jusqu’à toute fissure apparente et les hommes ont abandonné leur révolte. Effrayés par le déséquilibre, des gardes font la ronde. Fervents adeptes de l’Ordre, ils guettent, tous phares allumés, les signes avant-coureurs d’une fuite de l’un des leurs. « Point de rumeurs encombrantes, pas de rêve profane ! » a ordonné l’autocrate. L’interdit est puissant. Il en va de leur raison d’être, du système, inviolable. Personne ne doit franchir les murailles sacrées au pays du matin frais, froid, glacial…
On frappe. Une ombre se faufile. Palais anciens, célestes, éclairent soudain les déconvenues. Dans le labyrinthe comprimé, des sphères se mêlent tourbillonnantes, à ciel ouvert, vers l’au-delà. L’infini se déclare. Hurlent les vents, vaguent les marées, cognent les captifs aux portes du tourment... Le monde devient couleur, forme, enchevêtrement. Des décors de fables ornent la marche du salut. Une marche vers le paradis ! Les armes sont posées, le régime se fait multiple. La glace au reflet sombre se brise dans un brouhaha émouvant. L’expression renaît. La conscience s’éveille. La démocratie vibre au son du nouvel entendement. Et la foule envahit la frontière. Des lueurs vers l’avenir. Sur les visages, un sourire. En libre accès, et fluide circulation. Plus d’écorce pour entraver l’espace. Plus de mur ni de tombe. Une issue de secours, qui coule de source...
***
DES LIMBES DE L’OCÉAN
Entends-tu les soupirs
De mon corps qui se bat
Ne reste plus de désir
Et mon cœur qui se noie
Si jamais je te perds
Encore une fois
Je crois que l’enfer
Ne m’épargnera pas
Je pensais que pour moi
Tu serais toujours là
Et qu’au bout du voyage
Je danserais dans tes bras
Mais le ciel se recouvre
Et ne me ménage pas
Ne reste plus de désir
Et mon cœur qui se noie
En fin de nos parcours
Que ferais-je, dis-moi
Te retrouver peut-être
Encore, auprès de moi ?
Mais le ciel se découvre
Et ne me ménage pas
Toutes les nuits, tout le jour
Je ne rêve que de toi
Je t’aime mon amour
Mon bel élan de soie
Jamais plus, promets-moi
Tu ne t’en partiras
Plus un seul nuage
Et tu es encore là
Chez toi un désir
Et mon cœur qui se noie
SARAH MOSTREL
Elle se présente :
Sarah Mostrel vit à Paris. Journaliste, écrivain, de formation initiale ingénieur, elle a publié un roman « Un amour sous emprise » (éd. Trédaniel, 2016) ; un essai : « Osez dire je t’aime » (éd. Grancher), plusieurs recueils de poésie dont les plus récents : « Le grand malentendu » (éd. Z4, 2016) et « Chemin de soi(e) » (éd. Auteurs du monde, 2015) illustrés de ses propres photos ; un livre de spiritualité « Célébration » (éd. Unicité, 2016) illustré de ses peintures ; des recueils de nouvelles : « Révolte d’une femme libre », « La dérive bleutée » (éd. L’Echappée belle), des livres d’artiste (éd. Transignum)... Elle a reçu plusieurs prix dont la médaille Arts Sciences Lettres (2015) et figure dans divers anthologies. Auteure-interprète, elle chante sur ses textes sur les scènes parisiennes.
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(ses clips : www.youtube.com/playlist?list=PL021766CFCE286241)
Site : www.sarahmostrel.online.fr/
