Quand tu n’es pas là
Quand tu n’es pas là…
J’essaie de fixer
le soleil, droit dans les yeux,
pupilles rétractées -
quelques larmes coulent jaunes
de mes iris noirs brulés
réverbération
sur les ondes ténébreuses
de mon cœur glacé
Quand tu n’es pas là…
un presque sommeil
une veine qui bat, là,
pulsation violette –
l'absence devient présence
me lacère de son bruit
J'avoue j'ai volé
un fragment de ton essence
ta chemise mauve –
tordue en boule de vide
elle me bouche les oreilles
Quand tu n'es pas là...
Au bout de mes nuits blanches
le silence d'huile noire
Au bord du lit désœuvré
une fleur de manque se déplie
dans des claquements de draps
Au bout de mes mains
les roses brûlantes
des doigts solitaires
Quand tu n'es pas là…
À peine visibles
tout au fond de mes fous rires
des larmes cachées
les griffes du désespoir
raclent l'infini plus bas
Quand tu n'es pas là
je ressens un désespoir
à la mode médiévale
mes murmures étouffés
ont le son d'un cor des bois
Quand tu n’es pas là
je cesse de m’envelopper
de robes de soie –
je n’ai alors plus personne
pour me les enlever
Quand tu n’es pas là…
Je cherche la clé
d’un repos inaccessible
sous le drap de nuit –
sépulture du sommeil
et son cortège d’aubes mauves
Quand tu n'es pas là..
un fond de teint mal étalé
tente de masquer
les cicatrices du manque
en boursouflures pâteuses
Quand tu n’es pas là
ce fond de teint oublié
d’être nettoyé
perdues sur ton oreiller
de petites blessures ocres
Quand tu n’es pas là…
Cristal imprégné
de ta voix et de ton rire
au creux de ma paume
je le caresse d’un doigt
il chante en sons si ténues
Nos deux oreillers
me submergent le visage
soutiens du silence-
ils regorgent de cris humides
d’une texture si ouateuse
Quand tu n'es pas là
mes jambes insomnieuses
rident les draps vides
la nuit mange la couleur
de mes lunes dentelées
Quand tu n'es pas là
sur le bord vide du lit
juste quelques rides
je recherche dans leurs sillons
des gouttes de ton essence
Mes deux pieds renferment
un gite de fourmis rouges
quand tu es sur moi
et mon bas ventre le siège
de papillons duveteux
Les squelettes blancs
de mille et un insectes
quand tu n’es pas là…
43 ans, je partage ma vie entre Nantes et Pornic, enseignante à l'université de Nantes. Un 1er recueil sous mon vrai nom ( Chrystèle Goncalves ) parait en juin 2018 aux éditions francophones du tanka (titre : "à l'errance de mes hanches"), recueil de tankas sensuels.
