Soudain ton nom
Ton nom,
comme s’il avait été gravé
sur la cuillère avec laquelle
je compte les petits moments
qui donne chaud au cœur
en écoutant la première pluie d’automne
Ton nom,
comme s’il avait été incrusté
sur le couteau avec lequel
pieusement, je coupe le pain
au moment des premiers flocons
Ton nom,
comme s’il avait été calligraphié
sur les baguettes avec lesquelles
j’attrape les bouchées de riz
regardant les premiers pétales au vent
Ton nom,
comme s’il avait été apposé
sur la fourchette avec laquelle
je pique les quartiers de pastèque
lorsque la soirée s’est à peine rafraîchie
Soudain ton nom
surgit du plus profond de mes souvenirs
car ton nom est gravé, incrusté, calligraphié,
ton nom est toujours apposé
sur mon cœur.
***
Une femme un matin
Il y a eu la fois
lorsqu’en voyage à Paris
j’ai croisé dans la rue
une belle femme
portant une blouse noire transparente
C’était le matin,
le soleil avait envahi
à moitié la ruelle
que cette femme
traversait en diagonale
en se l’appropriant
elle et mon regard
Il y a eu cette unique fois
lorsqu’en voyage à Paris
cette belle femme
en blouse noire transparente
m’avait éblouie.
***
Mes nuances de vert
Au bout de certaines branches
il y a des pommes de pin vert tendre
d’où la résine perle
par endroit
Au bout d’autres branches
c’est à peine si on remarque
l’acidulé vert des pommes et des prunes
qui engrangent du soleil
pour l’automne
Au bout de certaines branches
il y a le vert duveteux des pêches
qui prennent leur temps
avant de devenir parfums et douceurs
sur la langue
Au bout d’autres branches
se dissimule le vert neutre et sage des noix
qui croqueront sous la dent
à l’heure où l’automne
sera bien installé
Je me suis approprié
ces nuances de vert
et demain je remettrai
mon maillot de bain
avec des sequins émeraude
car moi aussi
je compte bien
perler, engranger du soleil,
devenir parfums et douceurs,
me laisser croquer
pour oublier que la vie
est un éternel recommencement.
IOCASTA HUPPEN
Elle se présente :
Iocasta Huppen est haïjin : 3 recueils de haïkus (dont le dernier paru en 2017 chez L’Harmattan, collection « Poètes des cinq continents », intitulé Le Livre Zen des Saisons, Préface de Serge Tomé), une Mention honorable au Concours Prix Jocelyne Villeneuve, 2018 et quelques anthologies et publications dans des revues. Elle est également poète : un premier recueil paru en 2018 chez L’Harmattan, collection « Poésie(s) », intitulé Etats d’âme, Préface de Félix Boulé, quelques prix (dont le Prix de Créativité Naji Naaman en 2015 ; le Premier Accessit au 48e Concours Arts et Lettres de France en 2016 et 3e Prix au Concours Europoésie en 2017) ainsi que des anthologies et publications dans des revues, dont Cairns, LIBELLE et Bleu d’Encre. Iocasta Huppen est aussi l’initiatrice du Kukaï de Bruxelles qui réunit quatre fois par an des auteurs de haïkus.
