Le chien
Dans la nuit le chien aboie
transparent,
sa voix, se heurte à la glace
son museau cogne contre l'air,
il nait une lueur de givre qui s'efface
vision fragile d'un loup
ou peut-être...
l'énigme d'un oiseau pris dans l'espace d'autres silences.
Transparence
aujourd'hui le jour nous cache sa lumière
le ciel nous traverse de sa brume
gris et blanc se confondent
et nous nous taisons.
Il aurait fallu laisser parler
cette voix,
comprendre ce que cache l'heure
entre chien et loup
D'autres voix brouillées:
des fleurs lointaines
des branches lumineuses
des fils invisibles
des liens de solitude
une voix parle neutre,
elle interroge l'instant
son angoisse fugace au contact d'une rencontre
le manque de gestes,
un devenir éphémère de paroles
lisière des bouches
des lèvres brillent : un peu de sang
la main sur la pierre
disperse ce qu'il reste de vent dans les mots
ce qu'il reste d'ombre sous l'écorce
revient le mouvement obscur des doigts sur l'écran
qui guette l'ombre, éclat noir jeté à la page
des mots brisés les uns contre les autres
dans le quotidien des signes : signes de la main,
gestes inachevés, fatigue et fatidique trame où se défont les phrases :
- as-tu entendu?
-
Quoi?
-
Les pas sur le chemin?
-
Non, la porte qui grince
-
c'est le chien
-
ah! oui le chien!
Interminable nuit , déjà le froid, sur la cour vide, l'odeur du temps qui mime l'éternel
L’humain
Demain, nous ne pourrons plus nous taire.
Il fond des larmes sur le monde
des craquements, des pas,
des craquements, des mots
Infimes ou infirmes
Traversés de rêves
De longues mémoires
sur une main posée,
demain tu seras proche
et chacun vidé d’encre
dans un désir de terre
d’un pays nu, avare de couleurs
On nous a demandé de détruire d’aller toujours aller plus loin
Jusqu’à briser le ciel
Silence : les mots en nous cavalent
Des chevaux de paroles, des ombres parlent d’absence
Ce temps peint sur le mur
des coulures de la vie
Les soirs où les morts se cachent en nous
Font taire toutes les forces, prennent place, plongent dans notre poussière
Voie lactée des mauvais chemins de terre
Horizon d’aveu jusqu’à briser les oiseaux
Le bois claque de tous les orages intérieurs
S’incruste d’invisible.
Des langueurs d’être aimé sous les cils du désir
L’eau de tous les regards arrache à l’horizon des nuits sans ciel
Baisse les yeux, emmène l’humain à son vacarme sans parole.
Nicole Barrière 16/09/2008
NICOLE BARRIERE
Poète, sociologue, Nicole BARRIERE a publié de nombreux recueils de poésie chez différents éditeurs notamment à l’Harmattan.
En s'engageant de manière militante pour les femmes et la paix, elle a lancé en 2001 un appel aux poètes du monde entier : « 1001 poèmes pour la paix et la démocratie en Afghanistan » Elle défend la francophonie, les langues et les cultures menacées en participant activement au Pen club et à la Nouvelle Pléiade.
Elle travaille aussi à des créations en collaboration avec des vidéastes et des plasticiens, collabore à des revues de poésie et organise de multiples lectures dans les associations ainsi que dans des festivals internationaux (France, Italie, Mexique, Sénégal).
Traduite en persan, espagnol, italien.
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