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LES ARBRES
Nous ne savons jamais la joie qu’ils ont d’appartenir à un retrait,
la dureté de s’installer sans frisson
au milieu d’un monde, et de tenir comme on fabrique son écorce.
L’ombre qu’ils font et l’ombre qu’ils appellent
dorment sur un horizon replié
qui laisse au large le ciel
verser ses nuits à grandes eaux.
Eux se délestent
en s’enfonçant.
Ils se mettent en terre pour mieux trouver la respiration du soleil.
Et nous,
accrochés aux branches et rêvant de salut,
ne faisons que deviner
leurs sourires aplanis
qui se dispensent d’un visage.
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MES AMIS
Mes amis
ne sont pas les ayant - droit que vous croyez.
Ils se parent d’écorce ou de gravier,
d’un nuage sans nom
ou d’une herbe froissée.
Ils se font passants qui rampent ou qui volent
et ne demandent leur chemin
qu’à plus égaré qu’eux.
Leur nom m’est inconnu la veille, parfois même
le lendemain.
Dans la lézarde du mur, si je cherche à les retenir,
sûr que mes amis auront disparu
déjà dans une autre histoire
à gober l’inconnu.
DOMINIQUE SORRENTE
Né à Nevers en 1953. Enfance celtique et méditerranéenne. A 17 ans, plusieurs rencontres décisives, en particulier son " frère aîné en poésie » Christian Gabrielle Guez Ricord (1948-1988), Son œuvre compte à ce jour une vingtaine de livres, anthologies, ouvrages collectifs, notamment chez Cheyne éditeur. Dernier ouvrage paru : Mandala des jours (2007, Publibook).
Lauréat Guy Levis Mano, Prix Luc Bérimont, Antonin Artaud, Louis Guillaume, Prix Sainte-Victoire (2008), Prix Satu Mare (Roumanie 2009), il a participé à la revue Sud et est aujourd’hui membre du comité de rédaction de la revue des Archers. Une exposition rétrospective à la Fondation Saint-John- Perse lui a été consacré à Aix en-Provence (1999). Depuis dix ans, au port du vallon des Auffes, à Marseille, il anime le Scriptorium, conçu comme un lieu-sémaphore de poésie.
À consulter le blog du Scriptorium : htttp://www.scriptorium-marseille.fr
ou le website : http:// leroux13.club.fr
courriel : dsorrente@club-internet.fr
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