Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - AURELIEN CLAUSE

Publié par ERIC DUBOIS sur 14 Novembre 2012, 08:11am

Catégories : #poèmes



V.


Je fais parfois ce rêve où je suis étendu
A tes côtés, dans nos draps de soie bleue,
Et ta main dans la mienne est fanée par les ans.
Tu me souris, mais sous tes grands yeux verts,
Tes joues pâles sont striées de sillons. Au loin,
La rumeur assourdie des avenues
Se mêle à notre souffle et couvre nos paroles.
Je voudrais repousser ces draps épais
Qui pèsent sur nos corps et collent à nos chairs,
Mais mes muscles flétris sont lourds et las,
Et mes poings de silex s’enfoncent dans la soie
Plus pesante à présent – et je la vois
S’effriter sous mes doigts ainsi qu’un bloc de sable,
Comme les murs de notre chambre blanche,
Qui semblent frissonner – puis devenir poreux,
Prendre le teint cireux des cendres froides,
Et se courber vers nous, lentement tout d’abord,
Se craqueler, crisser dans le silence,
Car le monde s’est tu – la ville est une tombe,
A cet instant, et la chambre un cercueil
Dont les pans de poussière engloutissent le lit
Et se ferment sur nous – et tu souris,
Tu me souris toujours, mais sous tes grands yeux verts,
Ta peau livide est marbrée par le froid
Et sur nos corps, notre linceul de cendres
Se mêle à notre souffle et couvre nos paroles.



VI.


Je n’ai pas rêvé de la mort,
Ni de la soie, ni de la cendre,
J’ai seulement vu le silence
(Et tout le reste est mise en scène,
Tout le reste est un jeu d’images
Que ce silence évoque).

Je nous ai vus hors de mes mots,
C’est-à-dire orphelins, sans maison ni mémoire,
Je me suis vu aveugle, à genoux dans la nuit,
Rassembler à tâtons des souvenirs muets,
Des fragments de jours que je n’avais pas vécus
Et tout ce qui restait de notre éternité.

Je nous ai vus hors du langage,
Hors du passé, hors des images,
Perdus dans un présent suspendu dans le vide,
Etendus dans un lit devenu étranger –
Je me suis vu sans traits, sans visage ni mains,
Ni tout à fait vivant ni tout à fait éteint,
Au seuil de notre vie sans pouvoir y entrer.

Je t’ai vue sourire à la nuit,
La désirer, en quelque sorte,
Car nous continuions à vivre
Après que la beauté fut morte.

Et je nous ai vus fuir les années – alors que
Nous sommes des êtres de temps,
J’ai vu la poésie n’être plus qu’un abîme,
Qu’un rayon de soleil tombant sur un cadavre ;
J’ai vu comment la nuit envahit notre havre,
J’ai vu comment le sang suspend sa course folle,
J’ai vu comment les ans, j’ai vu comment la mort
Se mêle à notre souffle et couvre nos paroles.



VII.


J’ouvre les yeux dans les ténèbres,
Et de mon rêve il ne subsiste rien
Que des fils de couleur à l’orée du regard –
Ceux qui échappent à l’iris
Et dansent des valses fantasques
Au plafond.

C’est autre chose que ton souffle
Qui emplit notre chambre blanche
Et me fait monter les larmes aux yeux,
A présent.

 

 

AURELIEN CLAUSE

 

 

Il se présente :

 

 

Je suis étudiant en école de commerce et ancien khâgneux; j'écris de la poésie depuis plusieurs années, et de récentes collaborations sur plusieurs projets (composition de paroles en anglais, création d'un recueil commun de photos/poèmes...) ont éveillé mon intérêt pour les projets associatifs et les revues.
Ces quelques poèmes sont extraits d'un recueil personnel et datent de quelques jours seulement.

 

 

 

 

 

http://troislettres.wordpress.com/


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