Le Capital des Mots.

Le Capital des Mots.

Revue littéraire animée par Eric Dubois. Dépôt légal BNF. ISSN 2268-3321. © Le Capital des Mots. 2007-2020. Illustration : Gilles Bizien. Tous droits réservés.


LE CAPITAL DES MOTS - ALAIN CHAPELAIN

Publié par Le Capital des Mots sur 1 Février 2020, 20:23pm

Catégories : #texte, #récits, #prose poétique, #photos, #poèmes

 

JOIES DU STADE

 

 

Samedi après-midi. Il fait beau. Dans mon crâne, un orage a gagné, tout emporté depuis l'apparenté réveil. Il devait couvrir, sous les draps. 

Près de la nausée.

Décor urbain un peu décousu en sortie de ville. Un pont au-dessus des voies, un bout de champ, quelques immeubles non loin de maisons résistantes. Le grand ciel un peu mystérieux, lardé de fumées et cheminées.

Là-bas, la soucoupe bleue posée qu'est le stade. Tout est bleu ou presque, en nuances toc et bizarres. Au-delà, la Seine, des campagnes oasis pouvant laisser miroiter. Des instants à part.

Des petits groupes se forment, des pétards éclatent, ils seront 15 000.

22 sur un terrain à se disputer la balle, plus les remplaçants, les staffs techniques et journalistes autour.

La grenade dans ma tête de pantin, est menaçante, ne me quitte pas.

Sa carcasse est inaltérable, aussi.

 

Ils sont quelques centaines pas loin, peut-être plus, à brailler, taper dans des tambours, souffler dans des cuivres. Plus que 2 heures à tenter de reconnaître des accents de top 50. Là, côté banlieue contre riches lillois, c'est rouge et noir.

Le type à côté s'essaie au cigare, mon allergie en même temps. Des gens me font me lever, je devine en un ballet muet. Ils sont beaucoup a priori. Je les entends très peu. Ne les vois pas toujours, même s'agitant sur le terrain vert, pas seulement à cause du soleil.

Je perçois à peine entre les vagues. Le vaisseau bleu de béton, me berce un peu, sur la touche.

 

Il en est une qui me marque, reste ancrée dans ma tribune spectatrice, scotchée à mon pare-brise. Ma raison l'est en partie aussi, papillon.

Le soleil, une douceur hivernale, le bruit sourd du remorqueur dans le crâne, les acteurs en short, les 15 000 ou presque braillant avec le speaker cabri les «aimant», le décor urbain, ne pourront rien contre une seule joueuse qualifiée, d'1,60m châtain. Hors sol. Cachée dans la sous-pente, le vestiaire de ma tribune Vip.

Ils n'ont pas son charme, sa présence même à distance; elle a au moins son énergie et ses feintes. A en faire valser plus d'un, demandant presque les soigneurs. Attendant et redoutant aussi, la 3è  longue mi-temps.

 

 

Seule contre tous lui ferait à peine peur. Pour causes. A sa façon subreptice, quand elle devrait déjà se méfier d'elle-même, en un contre un.

Le marquage dans ce cas est distendu, avec un œil et main traînant toutefois, sur autrui.

Sans jouer au rugby mais provoquant la mêlée et cohue, elle t'indiquerait avec malice et aplomb, les sens du vent tournant. Ferait les compositions d'équipes, ordonnerait les consignes sous risque de mauvaise humeur, moue et bras croisés. Dribblerait, commettrait des fautes malgré elle, sans avoir l'air de cela non plus, ni faire exprès. Cela va d'elle.

Le talent de se croire planeur condescendant aussi, et autrui: plot au subbuteo.

L'arbitre, le médiateur appelé substitute ou référent, serait perdu lui également. Ce serait normal, «bien joué». Pas dans l'esprit du jeu attendu mais selon des principes détournés. Zigzaguant en rond, en boucles hors cadres.

 

Seule, unique, pas en double, c'était son statut de titulaire espéré.

Presque suffisant pour faire une équipe, sans collectif ceci étant.

Ultime croche-pied, essuyage de crampons dévissant: on a assez joué, tous les acteurs sont lassés. Coup de sifflet pas encore coupé, les «oui mais...» «j'ai pas fait exprès» identifiables comme numéro du responsable; dégagement en tribune. Carton, plein. Un souffle, quand même, du chaos. Pause au moins.

L'adversaire se relève impassible et combatif, l'action se poursuivra.

Dans le brouillard ou la clarté marginale, corrosive.

 

***

 

 

L'ECLAT

 

 

 

Je suis attablé avec des proches, cette fin de journée. Un peu las, entre deux eaux, en train de régler un dossier trop traînant.

Puis passe, glisse de façon inattendue en ce bourg, un éclat. Impeccable.

L'augure d'une perfection, en devenir.

Un éclat blond, bien habillée. L'élégance jusque dans la démarche. L'intrusion, la surprise en ce lieu, pleine campagne.

Le matin entrant en soirée, faisant foin d'une dite logique ou de préjugés.

L'éclaircie dans la grisaille.

L'inattendu, son immanence, sa violence laissant une trace d'effraction.

Le mieux au sein du maussade. L'étendard valant une croisade, épopée.

Le filet qui récupérerait le poisson en perdition.

 

Une vision, l'apparition laissant coi dirait un auteur, et un peu dans une éternité, où le prodige a fait irruption. Au-delà d'une image et de ce qu'elle puisse figurer. Plus que ce qu'elle est mais peut signifier.

Avant l'immersion dans le quotidien, les remous et contradictions ternes. 

 

 

ALAIN CHAPELAIN 

 

Musicien. Compositeur. Ecrivain.

Auteur de  " Un été sans toi. Voyage en Ambivalence." Collection Coup du coeur, éditions Voix Tissées, 2019. Préface d'André Prodhomme.

 

 

Plus d'infos :  https://www.voix-tissees.com/boutique/Un-%C3%A9t%C3%A9-sans-toi-dAlain-CHAPELAIN-p150285894

 

https://www.alainchapelain.com/

 

"Autumn in Le havre"  ©  Alain Chapelain . - DR

"Autumn in Le havre" © Alain Chapelain . - DR

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