j'aurai vécu à l'instar des clairières
l'âme entre écorce d'ombre et branche soleilleuse
le cœur juste touché par la main des lisières
j'aurai vécu comme un mendiant aux pensées noueuses
ayant dans les poches le ciel d'avant-guerre et pourtant
tirant de mes larmes la nuit heureuse
comme un marcheur qui passe un doigt sur la suie des années
et qui attise le rêve comme le feraient les vents
j'aurai vécu à l'instar des clairières dans l'onde abandonnée.
*
le ciel retourne au sol
dont il a été tiré
ses étoiles sont
des branches de vie
où poussent des bourgeons
de liberté
le ciel fane
et se transforme
nomade comme les nuages
qu'il accueille
ses racines profondes
puisent dans les pensées
des hommes
le soleil
ivre de lui-même
bat.
*
quand la nuit te réclame
toi le pianiste aux doigts celés
quand tu dénoues tes gammes
dans le ciel morcelé
quand de tes mélodies
s'érige le blasphème
quand tes silences deviennent des non-dits
et libèrent le frissons des notes blêmes
appelle l'univers à cette orgie de sons
rassemble au-delà de la nuit poètes et mélomanes
et joue le concerto des étoiles gitanes
pour y sculpter nos âmes à ta noble façon.
*
peints sur la toile
les sentiments
sèchent
comme des couleurs
évanouies
ils parsèment le tableau
tels des mots engourdis
ne disant
que l'apparente grâce
du monde
la nuit chromatique avance
à pas de nuage
les vagues s'étirent
mais il y a plus que les vagues
il y a le temps
qui fuit
torrentiel et implacable
il y a l'homme impuissant
il y a le sombre
et le funeste
il y a
les émotions qu'infuse
l'océan
lorsque nul ne le voit
les gestes de la mer
qui semble parler sans mots
et le fragile du monde
dans son écorce
d'éternité.
*
quand tu auras atteint les âges difficiles
quand sur toi le temps passera sa faucille
quand ton visage aura le reflet de la mort
quand le blé de l'hiver germera à l'aurore
quand tu prendras en toi la neige dévastée
quand un sillon de feu glacera tes saisons
quand la cendre évanouie collera au tison
que l'âtre pâlira d'un présent contrasté
tu sauras que la vie t'a laissé tout ton dû
qu'elle t'a offert l'espace qu'il fallait à ta course
tu sauras que tes jours ne sont que méconnus
et que tout revient vite au calme de la source.
in En cet Épi je couds la destinée – Les Coteaux fugitifs
Novembre 2018
KHAMYLLE-ABEL DELALANDE
Il se présente :
Poète breton né à Dinard en 1981. Il fait ses études universitaires de Lettres à Rennes. Après quelques années d'enseignement sur Paris et la Bretagne, il se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture. Il a publié plusieurs recueils dont La Traversée du non-lieu (2013), La Conjuration des Roses (2018), Sémantique de l'absence (2018). Il a été publié dernièrement dans les revues Le Capital des mots et La Page blanche. Il fera quelques apparitions très bientôt dans la revue Lichen.
Il anime aujourd'hui son blog d'artiste : khamylle-abel-delalande.over-blog.com