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DÉLICATE DÉLIVRANCE
Ce soir je suis triste
mais je suis bien d'être triste
Je reconnais ce sentiment
il m'envoûte
m'enfonce
J'essaie d'arrêter de regretter
de ne pas aller au bout de la vie
comme si je laissais un petit coin noir
toujours en secret
Une mélodie inaperçue
soudainement
et c'est là qu'on voit
qu'il fait vide en soi
Les cimetières de l'autre hiver
gèlent le cœur de perceptions
dans l'arnaque du peroxyde
C'est ce monde fébrile
ce désordre en ordre
dans le sublimé
cette libération de l'esprit
que j'appelle
Je suis heureux de me rappeler
l'onde qui passe
et qui chatouille quand on est content
que ce qui rend joyeux pour une fraction de seconde
est une éternité illusoire de perfection
Les chemins mènent à la croix
de la perfection de l'abîme
un gouffre d'arômes
centré en soi
Si on est en vie
ce n'est qu'une fraction d'éternité
mais pour soi
c'est tout au monde
Le monde est prêt à se fracasser
J'arrive par la verticale
avec une douceur vibrante
de réalité pleine
purement symbolique
cette forêt Baudelairienne
où les allures des arbres
dans notre esprit
captent le message
Je glisse comme un serpent à sonnette
entre ton corps et tes vêtements
Il y a un abîme qui me sépare de toi
une distance
un long chemin
Je ne me trouve que quand il fait noir
que quand j'affronte l'inconnu
Ce chemin
cette route où je m'enfonce
me fait rechercher le vrai
dans la complémentarité du faux
La piste est accessible
on se croit vivant
dans cet univers
qui penche et penche
et nous fait oublier de vivre
Au centre de la tendresse
le cœur fend
et la tristesse
prend en larmes
au fond du tunnel
Délicate délivrance
Me penche vers l'oubli
me rappelle la nébuleuse
qui avant m'enfonçait
me relève
affronte les dangers
capte l'amour
m'appuie sur le vent
étant aussi immatière
que l'équilibre
Je devine une essence
dans la profondeur de la dérive
À la pénombre
je bois le ravin
accepte la plénitude vidée de l'extérieur
pour la remplir de l'intérieur
Ce soir je suis triste
mais je suis bien d'être triste
car avant de mourir
le plein de la vie
aura été
tout ce qu'on a vécu
ERIC MONCOUCUT
Poète et comédien, Eric Moncoucut a remporté, en 2005, le deuxième prix du meilleur texte de trois pages de L'Unité d'enseignement en lettres de l'UQÀC. Ses poèmes ont été publiés dans les revues Pouèt-cafëe, L'Ascaris, La Bonante, La Brimbelle, Casse-pieds et Steak Haché. Il fait parti du trio de spoken word et musique, Les Épices absurdes. Son premier recueil, Jardin de l'inconscience, a été publié au printemps 2006 aux éditions La Petite Fée.
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